Comment cultiver sa personnalité en ligne ?

Alors que la viralité des « trends » uniformise les goûts et que la moindre excentricité est ridiculisée, chérir sa singularité devient urgent. Mais pas n'importe comment ! Petit florilège d'idées à appliquer dans vos posts, en messagerie ou en commentaires pour démarrer l'année avec un petit truc en plus sur la Toile (sans faire tâche).

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Temps de lecture : 3 minutes

Brat girl (sale gosse), clean girl (proprette), goofy (foufou)… Une salve de profils en apparence bien particuliers ne cesse de défiler sur nos fils d'actualité. La simple distinction entre influenceurs et spectateurs est obsolète depuis que chacun performe sur les plateformes, où une trend (tendance) chasse une autre. Entre l'angoisse d'être taxé de cringe (gênant) et de mainstream (ordinaire) conduit finalement celles et ceux qui cherchent par-dessus tout à se démarquer à reproduire un contenu standardisé destiné à flatter les algorithmes et les égos.

« L’algorithme tend à récompenser les contenus à fort potentiel de viralité en renforçant leur visibilité, explique l'historienne de l'art Valentina Tina dans Le Monde. Cela signifie que si un post suscite suffisamment d’attention dans les minutes qui suivent sa publication, le système commence à le recommander à d’autres utilisateurs, augmentant sa portée de manière exponentielle. En retour, les utilisateurs essaient de capitaliser sur ce fonctionnement en se conformant aux tendances les plus populaires. On voit comment, au fil du temps, ces dynamiques conduisent à une forme d’homogénéisation des goûts et des esthétiques. »

D'où l'avalanche de posts LinkedIn semblables à des pitchs de conférences Ted, de photos de Teckel (à croquer) et de 30 nuances de matcha latte dans le moindre carrousel de votre For You Page (la page d’accueil des plateformes, qui présente les contenus recommandés par l’algorithme).

Pour échapper à l'atrophie des goûts et reprendre le contrôle de votre personnalité, on vous propose un exercice expiatoire : lister tous les types de contenu que vous ne pouvez plus voir et entendre sur vos écrans et qui ne méritent pas, selon vous, de survivre à la nouvelle année. Les nommer, c’est déjà un peu s’en délivrer pour mieux accueillir, telle une toile blanche, de futures excentricités qui vous ressemblent vraiment.

Nos résolutions pour briller en toute sobriété

Finalement, la distinction ultime aujourd'hui ne consisterait-elle pas dans le retour à une forme de sobriété ? de discrétion ? Comme une envie de fuir le bruit des tendances et la fureur des polémiques amplifiées par certaines plateformes. Il n'est pas tant question de rester hermétique à la nouveauté que de remettre de l'authenticité dans notre fil. Alors pour se concentrer sur ce qui compte vraiment à nos yeux, activons le mode Dry January (janvier sobre) numérique.

On désactive ponctuellement les stories.
Parce qu’on n’a pas besoin de « partager » chaque instant pour qu’il existe. Un week-end sans stories permet de réapprendre à vivre sans validation immédiate et à savourer des souvenirs pour soi, pas pour l’archive d’Instagram.

On réintroduit les GIF et les (vrais) clins d’œil dans les conversations.
On laisse tranquille les émojis, parfois sujets de discorde, pour répliquer avec un GIF (ces petites images animées qui tournent en boucle), un mème ou une photo d'archive. Vos messages auront davantage de relief et d’humour.

On ressuscite les commentaires de fond contre l'érosion de la conversation.
Au lieu d’un simple « 🔥»  ou « grave » , rédigez trois lignes. Posez une question, nuancez votre propos, contextualisez. Attention toutefois à ne pas considérer ces discussions comme des trophées à remporter, ce qui ne ferait que participer à la culture du clash valorisée par certaines plateformes.

On like uniquement quand on aime vraiment.
Le like raisonné, c’est le régime méditerranéen du numérique : un geste simple pour retrouver du goût. En filtrant vos réactions, votre algorithme apprendra lentement qui vous êtes vraiment.

On cultive le mystère visuel.
Entre le flou artistique, le cadrage minimaliste ou le noir et blanc, laissez place à l’imperfection dans vos photos. Tout n’a pas besoin d’être clair pour être vu : un peu de trouble suscite davantage de fascination que des pixels imbriqués à la perfection.

On allège le storytelling sur LinkedIn.
Feindre l'échec en adoptant un discours de résilience digne du moindre coach en développement personnel américain est une recette esseulée sur LinkedIn. Abordez plutôt votre parcours avec humour pour maintenir l'attention (et la distance) plutôt que d'adopter une morale.

On s’abonne à des contenus qui apaisent.
Comptes d’artisanat, d’archives sonores, de cartographie ou de slow TV : les oasis numériques existent, encore faut-il les chercher.

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