Le blues du bureau : la plupart des salariés en télétravail ont hâte d’y retourner

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Les Français se sont massivement mis au télétravail depuis le confinement et se sont rapidement adaptés mais beaucoup regrettent déjà leurs entreprises selon une étude

Le confinement a un impact très important sur la santé mentale des salariés français. 44% des salariés se sentent en situation de détresse psychologique, selon le résultat d’une étude Opinionway réalisée pour le cabinet de conseil Empreinte humaine, que RMC vous dévoile en avant première. C’est 10 points de plus qu’avant le confinement.

Le coronavirus, une crise de santé physique, mais aussi une crise de santé mentale. Télétravail, chômage partiel ou total, obligation de se rendre encore au travail, toutes ces situations ont dégradé le bien-être psychologique des Français.

Un quart des salariés présenterait un risque de dépression nécessitant un traitement. Les psychologues appellent donc à une prise de conscience des pouvoirs publics et des entreprises et une mise en place de moyens pour les salariés pour éviter que la situation s’aggrave.

« On se sent obligés d’être près de son ordinateur, prêt à bondir à la moindre notification. Ca rend fou »

En télétravail, toute la journée devant son ordinateur les choses ne sont pas faciles à gérer pour Célia, employée au service marketing d’une entreprise de cosmétique. Depuis le début du confinement, impossible de souffler 2 minutes.

« C’est une catastrophe, il y a une angoisse constante. La journée de visio conférence ne s’arrête jamais. C’est oppressant car on a l’impression de ne jamais avoir de temps pour soi. On se sent obligés d’être près de son ordinateur, prêt à bondir à la moindre notification d’appel vidéo… Ca rend fou. »

Une angoisse encore plus forte pour les salariés en chômage partiel. En temps normal Aurore est commerciale et parcourt 2.000km par semaine. Désormais elle se sent assignée à résidence.

1 employé sur 4 reconnait que sa motivation au travail s’est dégradée

44% des salariés en détresse psychologique, 10 points de plus qu’avant le confinement.

Pour Christophe Nguyen, psychologue du travail et président d’Empreinte humaine, les entreprises doivent accompagner leurs salariés.

« On sait ce qui marche: c’est mettre en place des vrais plans de prévention. Des lieux d’écoute, des lieux d’expression, des réunions d’équipe… Ce qui est important est de ne pas rester seul avec sa détresse. »

Depuis 5 semaines de confinement, 7 millions de salariés sont en télétravail. C’est une révolution dans un pays où le travail à distance était assez peu développé. Dans cette toute nouvelle configuration, ils se sont lancés et 32% d’entre eux travaillent plus que d’habitude, voire ne prennent même pas de pause déjeuner selon les données récoltées par le premier opérateur de bureaux flexibles en France, Deskeo qui a interrogé un panel de professionnels quant à leurs conditions de travail à domicile. 

2/3 des Français sont en télétravail, mais pas toujours dans de bonnes conditions

Le télétravail a été déployé massivement sur tout le territoire. Quelque 59% des Français déclarent travailler à leur domicile et 11% en résidence secondaire. Si le confinement au vert paraît plus agréable, il n’est pas toujours idéal pour travailler à distance. En réalité, chaque cas est différent. « On observe une rupture de la norme finalement. Au bureau, tout le monde travaille dans des conditions similaires. Alors que là, c’est éclaté. Et les gens peinent à se projeter dans la vie des autres. Ce qui renforce le sentiment d’être isolé, lorsque le blues attaque », analyse Gaetan de Lavilléon, docteur en neurosciences qui propose des formations gratuites au télétravail en ce moment. « Il faut que chaque salarié puisse exprimer son ressenti. »

« On a filé en Normandie, raconte Marjorie, 45 ans, cadre dans la fonction publique. Nous sommes mieux installés et conscients de ce privilège et tout le monde nous le rappelle, mais la connexion Internet est précaire et c’est très compliqué pour travailler. Nous nous sommes aussi mal préparés, car nous sommes partis dans la précipitation. »

2/ L’immense majorité n’avait jamais télétravaillé avant…

Quelque 89 % d’entre eux n’avaient jamais fait de télétravail. Et à l’improvisation des premiers jours, a succédé l’incertitude. On sait maintenant que cela va durer, mais on ne connaît ni l’étendue, ni les conséquences de ce confinement. Cette incertitude est une charge mentale importante. Et peut expliquer pourquoi certains qui allaient bien les premiers jours, sombrent maintenant. C’est pourquoi, il est recommandé de former un binôme, pour pouvoir se soutenir sur la durée.

« Nous sommes quatre dans 69 mètres carrés, raconte Françoise, comptable de 47 ans, mère de deux enfants à Marseille. Alors on fait des roulements devant l’ordinateur familial avec mon mari et les enfants qui ont aussi des cours en ligne. Je ne sais pas combien  de temps nous allons tenir comme ça. »

 

3/ Le télétravail pousse à travailler plus

L’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle n’a jamais été aussi fragile. Beaucoup de sondés ont le sentiment de travailler plus longtemps. La moitié des personnes en télétravail ne prennent pas de pause déjeuner.

Des études de la Dares, direction des études statistiques du ministère du Travail, avaient déjà documenté ce phénomène de surtravail des cadres, quand ils sont à distance. Parfois, ce sont les managers qui, redoutant la perte de productivité, mettent la pression pour s’assurer que les salariés ne dorment pas sur le canapé… « Ce manque de confiance peut-être très stressant », poursuit le spécialiste, qui recommande que les managers  mettent en place un bonjour et un bonsoir digital, pour marquer le début de la journée de travail et sa fin.

« Je travaille toute la journée, en continu, explique ce consultant parisien de 48 ans. Je reçois des messages du matin au soir, car les entreprises clientes sont en cellule de crise, donc je ne décroche plus… »

 

4/ Des symptômes d’épuisement digital

De nombreux Français ne prennent plus les pauses habituelles. Et la multiplication des mails, des conf call, des messages instantanés aggravent la surcharge cognitive, avec des risques de burn-out.

« C’est important de ne pas rester en continu devant les écrans. Il faut absolumment s’obliger à changer d’activité. Pour s’aérer l’esprit et reposer son cerveau. Car les risques de burn-out sont importants, notamment pour les gens qui sont seuls chez eux », insiste le coach. Donc on décroche régulièrement…

 

5/ Presque 80% regrettent la vie de bureau

Ce nouveau mode de vie ne plaît pas à la majorité d’entre eux qui regrettent à  76% le bureau.

Et tout ce qui pouvait peser autrefois, comme les réunions à rallonge, participait d’un rituel structurant, et d’une sociabilité… Pour les plus isolés, la disparition de ce « capital social peut les déstabiliser », affirme Gaetan de Lavilléon qui préconise de recréer des rituels à distance, des moments de réunion collective pour rester rester connectés les uns aux autres.

« On attend tous le moment de se retrouver, raconte Lucie, 30 ans, qui travaille dans une agence de communication en Ile-de-France. Avant, on prenait souvent des verres ensemble. Et mantenant, les journées et les soirées sont longues, surtout quand on vit seule comme moi. »