Alors que des plateformes comme ChatGPT, Claude ou Gemini nous assistent désormais au quotidien pour simplifier les tâches que nous devons accomplir ou pour trouver des réponses à nos questions, cette adoption massive montre que tous les utilisateurs ne sont pas égaux face à ces technologies.
Après l’illettrisme et l’illectronisme, qui consiste pour le premier à ne pas savoir lire et écrire, et pour le second à ne pas être capable de se servir du numérique, une nouvelle fracture est en train d'apparaître. Elle sépare peu à peu ceux qui savent dialoguer avec l'IA de ceux qui la considèrent comme un simple outil automatique.
En clair, il y a d'un côté ceux qui savent s’en servir pour mieux penser, et de l'autre ceux qui l’utilisent pour ne pas avoir à penser.
Un nouveau risque : la fracture cognitive
Cette différence n’est pas anodine car le but premier de cette technologie n'est pas de remplacer l’intelligence humaine, mais d'amplifier celle de son utilisateur.
C'est pour cette raison que l’IA donne cette impression de facilité extraordinaire... On pose une question, une réponse arrive immédiatement. On demande un résumé, il est prêt dans la seconde. Tout va vite, et parfois trop vite pour de nombreuses personnes.
Or, l’un des dangers majeurs de l'usage passif de l’IA est de déléguer en toute circonstance l’effort cognitif à l'outil. Quand nous nous contentons d’accepter la réponse qui a été générée, nous ne faisons plus l'effort de raisonner. Le cerveau fonctionnant comme un muscle qu'il faut entraîner, nous risquons, à force, d'avoir du mal à chercher par nous-même, à formuler clairement une idée, à vérifier, comparer, argumenter, mémoriser.
La fracture cognitive commence là : quand deux personnes utilisent le même outil, mais pas avec le même niveau d’exigence, et sans obtenir les mêmes résultats.
« Prompter », une compétence désormais clé
Pour changer la donne, il faut savoir “prompter”, c'est-à-dire savoir formuler une demande claire, précise et stratégique à une IA. Pour certains, le terme est encore technique, mais la pratique se démocratise de plus en plus.
Tout d'abord, cela implique de poser les bonnes questions à l'outil. Pour cela, précisément, il faut commencer par réfléchir, structurer sa pensée, reformuler la demande, mais aussi évaluer la pertinence des réponses.
Il ne s'agit donc pas seulement de poser une question lambda. II faut aussi donner un contexte, un objectif, un format, un ton, des contraintes, puis aller plus loin que la première proposition en demandant à l'outil de fournir des contre-arguments, de lister les hypothèses alternatives, d'identifier les faiblesses de sa réponse pour l'améliorer ensuite.
Autrement dit, utiliser l’IA efficacement revient à faire preuve de curiosité, de rigueur et d'esprit critique — des compétences sommes toutes très humaines — sans laisser l'outil décider pour soi.
Six conseils pour mieux tirer parti de l’IA
Bien utilisée, cette technologie peut devenir beaucoup plus qu'une simple machine à produire des textes ou des images. Voici ce que vous devez faire pour y arriver.
- Vérifiez systématiquement les informations. L’IA peut se tromper, fournir un mauvais chiffre, vous proposer une citation inappropriée, simplifier à l’excès une explication. Ce n'est pas une technologie infaillible. Prenez l’habitude de vérifier les éléments de réponse et de les confronter à plusieurs sources fiables.
- Utilisez l’IA comme un levier d’apprentissage. Demandez à l'outil de mieux vous expliquer ce que vous n'avez pas bien compris, de vous proposer des quiz pour vous aider à progresser, de corriger vos erreurs. Pour vous, l’objectif n’est pas seulement d’obtenir une réponse, mais de vous améliorer.
- Gardez la main sur la réflexion. Avant de recourir à l’IA, essayez de formuler votre propre réponse à chaque fois que cela est possible, par exemple lorsque vous vous posez une question sur un sujet que vous connaissez déjà. Ce simple réflexe vous permettra de renforcer vos capacités cognitives en vous obligeant à faire travailler vos méninges.
- Reformulez vous-même le résultat final. Ne laissez pas l’outil avoir le dernier mot. Après tout, ce n'est qu'un outil... Relisez, coupez, ajoutez vos exemples, votre style, vos nuances. C’est l'humain qui doit trancher, pas la machine.
Aujourd'hui, chacun de nous doit apprendre à coopérer avec l'IA car cette technologie transforme en profondeur notre manière de penser. De ce fait, elle peut appauvrir nos capacités cognitives ou les enrichir selon l’usage que nous en faisons.
A terme, la véritable fracture ne sera pas entre ceux qui utilisent l’IA et les autres, mais entre ceux qui pensent mieux grâce à elle, et ceux qui pensent moins bien.