Temps de lecture : 4 minutes
D’après une étude menée pour le Financial Times, l'utilisateur moyen passe désormais 2h20 par jour sur les réseaux sociaux, soit une baisse de 10% par rapport à 2022, année record selon les chercheurs. Ce recul est encore plus marqué chez les moins de 30 ans, qui étaient auparavant les plus actifs. L'étude pointe également une évolution des motivations : publier du contenu personnel n'est pas aussi coté que le doomscrolling, le fait de consulter passivement son fil d'actu dans l'espoir de tromper l'ennui. Peur d'être cringe ou simple lassitude ?
Une expérience utilisateur dégradée
La fatigue informationnelle, les expériences décevantes sur les applications de rencontres ou encore la déferlante des contenus générés par l'intelligence artificielle expliquent ce désengagement. Le plaisir à être sur les écrans et en particulier sur les réseaux sociaux n'est plus le même, peut-être en raison des changements successifs des plateformes. A leur lancement, elles proposaient une offre attrayante et bon marché pour leurs utilisateurs, sans publicité ciblée. Aujourd'hui, elles proposent des abonnements payants pour limiter la publicité. Ce phénomène a été théorisé par le journaliste Cory Doctorow qui explique la dégradation des plateformes numériques par la logique de rentabilité : passer du temps en ligne est moins plaisant mais tout est fait pour maintenir notre attention car cela rapporte.
A cela s'ajoutent les changements en termes de modération et de fact-checking sur les réseaux sociaux les plus populaires, favorisant la haine en ligne et le cyberharcèlement, qui pousse les internautes à aller voir ailleurs. Plus globalement, c'est le schéma répétitif des écrans qui provoque cette fatigue générale. Certaines personnes mettent ça sur le compte de l'IA qui a une tendance à uniformiser ce qu'on voit sur les réseaux et, d'un autre côté, inspire confiance pour parler de santé mentale.
Quitter les réseaux sociaux, c’est cool ?
En ville, le succès des clubs de marche, de poterie ou de dîners entre inconnus témoigne d'un besoin de connexion aux autres et de la difficulté à se faire des amis. L'année dernière, 62% des 18-24 ans déclaraient se sentir régulièrement seuls selon l'Ifop. Une épidémie de solitude provoquée par un ensemble de facteurs à commencer par la pandémie qui a rendu difficile l'intégration de la Gen Z dans certains cercles de sociabilité.
Par ailleurs, faire des activités hors ligne est devenu socialement valorisant au point que certains sont prêts à payer pour passer une soirée sans leur téléphone. Personne n'aurait l'idée de se réunir pour scroller ensemble. Jugée fausse et superficielle, la vie en ligne s'oppose alors à la vie aspirationnelle, remplie d'authenticité et de sincérité. On rencontre de nouvelles personnes, on prend soin de soi, on rejoint une communauté… loin de la danse des swipes et des matchs qui finit par nous esseuler. Mais en réalité, ces expériences sont esthétisées et finissent par atterrir sur… les réseaux.
Les réseaux sociaux nuisent-ils à la santé mentale des adolescents ?
Les réseaux sociaux sont-ils les bêtes noires que l'on prétend ? Démystifions quelques-unes des idées reçues concernant leur impact sur la psyché des jeunes publics.
Le retour du luddisme
Pour se libérer de la pression des réseaux, certains jeunes adoptent des méthodes plus radicales que la simple déconnexion et prônent le néo-luddisme. Pour l’historien François Jarrige, interrogé par l’Obs, il s’agit d’ « une nébuleuse de personnes qui pensent que la technologie est une aliénation plus qu'un moyen d'émancipation ».
En 2023, le New York Times avait suivi un groupe de lycéens américains qui promeut un style de vie sans technologie et réseaux sociaux. Pour communiquer, ils préfèrent les rendez-vous physiques et les téléphones à clapet. Ensemble, ils forment le "Luddite Club" et proposent à d’autres étudiants des cures digitales d’une heure. Les membres du club mettent en avant les bénéfices de ce mode de vie : meilleure appréciation de soi, baisse de l’anxiété liée aux réseaux sociaux, intérêt grandissant pour la lecture et à la nature.. Déconnecter ne se fait pas en un clic mais des solutions existent pour réduire progressivement votre temps d'écran si vous le souhaitez.