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En France, selon la mission interministérielle Numérique éco-responsable, le numérique représente déjà 4,4 % de l’empreinte carbone nationale, dont 46% est imputable aux centres de données, et donc in fine en grande partie à l’IA, contre 16 % auparavant.
Au niveau mondial, l’AIE (Agence internationale de l’énergie) alerte sur le fait que la consommation globale de ces infrastructures pourrait passer d’environ 485 TWh en 2025 à 950 TWh en 2030, soit presque équivalente à celle du Japon. Et encore, ces chiffres ne tiennent pas pleinement compte de la montée en puissance de l’IA générative.
Plus de 40% de l’empreinte carbone nationale liée au numérique est due à l’IA
Limiter les échanges de mails, lever le pied sur le cloud et le streaming, recycler ses appareils… Ces gestes simples pour améliorer sa sobriété numérique et alléger sa facture, vous les connaissez déjà (si ce n’est pas le cas, il est encore temps). Mais qu’en est-il de vos recherches intempestives sur ChatGPT, bien utile pour résumer un document ou préparer ses prochaines vacances ?
Synonyme d’immenses promesses, une mauvaise utilisation de l’IA constitue un danger pour la planète. Présentée comme une révolution immatérielle, elle repose en réalité sur une infrastructure massive de serveurs, de centres de données, et de réseaux électriques déployés aux quatre coins du monde.
48 % des Français de 12 ans et plus utilisent l’IA générative, contre 20 % en 2023
De ce fait, le Shift Project alerte sur un risque de dérapage car l’offre de puissance de calcul pourrait conduire à une multiplication par 3 de la consommation électrique des centres de données d’ici 2030, et à une empreinte carbone mondiale pouvant atteindre 920 MtCO₂ par an. En France, les centres de données représentent déjà 2 % de l’électricité consommée, avec un potentiel quadruplement d’ici 2035 si tous les projets annoncés se réalisent.
Cette pression environnementale augmente au moment même où l’usage de l’IA devient massif. L’édition 2026 du Baromètre du numérique indique que 48 % des Français de 12 ans et plus utilisent l’IA générative, contre 20 % en 2023. L’adoption est particulièrement forte chez les 18-24 ans et chez les adolescents.
Moins de prompts, mais de meilleurs prompts
Dans ce contexte, et alors que les géants de l'IA ne communiquent plus sur la consommation de leurs infrastructures, l’étude produite en 2024 par Razorfish et GreenIT, un collectif d’experts en sobriété numérique et numérique responsable, reste instructive. Elle ne mesure qu’une partie visible de l’impact, celle de l’interface web utilisée pour formuler les requêtes et afficher les réponses.
Douze IA génératives ont été passées au crible de l’EcoIndex, l’algorithme mis au point par Green IT. Cet outil de mesure vise à attribuer un score environnemental aux sites web que nous consultons.
Pour l’étude mentionnée, il a été permis de positionner les IA sur une échelle de performance environnementale allant de la lettre A à la lettre G, à la manière du cyber-score, qui analyse la sécurité des sites Internet.
Les interfaces d’IA textuelles obtiennent en moyenne un EcoIndex de 55/100 au chargement, puis tombent à 27/100 après cinq prompts. Concrètement, cela veut dire que regrouper cinq prompts en un seul peut améliorer l’EcoIndex jusqu’à 31 points par rapport au cinquième prompt final.
L’étude en tire une conclusion simple : mieux vaut formuler une demande complète et structurée que multiplier les requêtes successives. Autrement dit, la sobriété ne consiste pas seulement à utiliser moins l’IA, mais aussi à l’utiliser plus intelligemment. Dès lors, quels sont les bons réflexes à avoir ?
Voici quelques conseils pour prompter avec un impact moindre sur l'environnement.
- N'utilisez pas l' IA quand la réponse est évidente. Une prévision météo, un horaire d’ouverture, une définition simple ou une information déjà disponible sur un site officiel ne nécessitent pas de recourir à un modèle génératif. Privilégiez l'IA uniquement quand vous cherchez une réponse que vous ne pourrez pas obtenir par un autre moyen.
- Rédigez une demande complète dès le départ. Contexte, objectif, contraintes, format attendu, longueur maximale... Apportez le plus de précisions possible à vos prompts. Plus la consigne est claire, moins il y aura d' allers-retours.
- Limitez la taille des réponses. Demandez « en 10 lignes », « en tableau court », « sans introduction » ou « avec trois options maximum ». Le texte inutile est aussi du calcul inutile. En calibrant la taille de la réponse au minimum, vous limitez la pollution émise pour la fournir.
- Ne générez pas d’images à la légère. La création visuelle par IA séduit un nombre croissant d'utilisateurs mais elle pollue encore plus que la génération de texte car elle nécessite plus de calcul. C'est une fonction qui doit donc servir un objectif précis. Utilisez là pour produire ce dont vous avez réellement besoin, que ce soit une maquette ou une illustration finale, mais pas par simple réflexe esthétique.
- Réutilisez le contexte déjà produit. Copiez la réponse et retravaillez-la par vous-même. Ne sollicitez l’IA à nouveau que si vous avez besoin d' une amélioration ciblée, pas juste pour changer un détail ou corriger un chiffre.
Alors que certains experts, comme Dario Almodie, PDG d'Anthropic et créateur de Claude, annoncent l'arrivée prochaine de l'intelligence artificielle générale, qui permettra de faire beaucoup plus de choses, il est crucial de continuer à questionner les risques existentiels de cette technologie, et encore plus crucial d'adopter les bons geste