Temps de lecture : 3 minutes
Le troll sur Internet ? On imagine souvent un adolescent mal dans sa peau, passant ses soirées à harceler ses camarades via messagerie. Pourtant, cette image est réductrice. Derrière les insultes et provocations se cachent souvent des profils inattendus : retraités isolés, femmes au foyer en quête d’évasion, ou jeunes parents lassés du quotidien. Ce phénomène touche toutes les générations, révélant une réalité bien plus complexe qu’on ne le croit.
Un docu choc et des témoignages bouleversants
En septembre dernier, Netflix diffusait Numéro inconnu, un documentaire retentissant sur ce sujet en rapport avec le cyberharcèlement. On y découvre une mère de famille harcelant délibérément sa propre fille, encouragée par la sensation d’impunité offerte par l’écran. Sur les forums, des voix se font entendre : Jeanne, 62 ans, confesse qu’elle trolle « pour exister et s’amuser ». Sophie, femme au foyer de 45 ans, explique que c’est sa manière de « casser la routine » et de reprendre le contrôle de sa vie.
Ces témoignages sont des illustrations anonymisées représentatives issues de forums de discussions et de documentaires comme celui diffusé sur Netflix. Ils viennent briser le cliché du troll adolescent, souvent véhiculé.
Seb Rioux, un documentariste et musicien canadien a été harcelé par un troll pendant 18 mois : « C'étaient des dizaines de messages par jour, sur plusieurs plateformes, et le troll utilisait toujours de nouvelles identités », relate-t-il au micro de Radio Canada. Son harceleur créait notamment de faux comptes au nom de Seb Rioux sur lesquels il publiait des photos d’enfants ou des propos racistes afin de salir sa réputation. Après avoir vécu de grands moments d’angoisse, Sébastien a fini par retrouver son troll. Ce dernier, un homme âgé de 38 ans, a par la suite été condamné à neuf mois de prison.
Pourquoi trolle-t-on ? Les racines psychologiques
Selon une étude de l’Institut de sondage Ipsos, 68% des Français reconnaissent le harcèlement en ligne comme un danger majeur. Parmi eux, 27% des jeunes déclarent en avoir été victimes. Plus surprenant, ces attaques sont fréquemment le fait d’adultes et non de leurs pairs adolescents, ce qui ébranle bien des idées reçues. Le cyberharcèlement représente un défi sociétal impliquant toutes les tranches d’âge.
L’anonymat en ligne est le principal carburant du trolling. Derrière un pseudonyme, chacun se sent autorisé à tout dire, libéré du regard d’autrui. Le philosophe Raphaël Enthoven explique que cette absence de contrôle social permet à notre part sombre de s’exprimer – même chez une grand-mère. Par ailleurs, l’ennui numérique est viral : l’agressivité se transmet, nourrie par la recherche de reconnaissance à travers les likes et une escalade constante des clashs.
Dans un témoignage recueilli par Cigap.org, un médecin du travail raconte son expérience douloureuse face au harcèlement, qu’il qualifie de « traumatisant psychologiquement ». Il explique que souvent, les trolls et harceleurs en ligne agissent par mal-être profond, solitude et besoin de revanche. Face à un sentiment d’isolement ou de rejet dans leur vie, ces personnes profitent généralement de l’anonymat du numérique pour exprimer des frustrations qu’elles ne parviennent pas à gérer autrement.
Ce témoignage souligne que le trolling n’est pas seulement une provocation gratuite, mais souvent l’expression d’une souffrance psychique nourrie par la solitude et un manque de reconnaissance. Le médecin insiste aussi sur la nécessité de soutien et d’écoute pour ces personnes, afin de diminuer ces comportements destructeurs.
Ce point de vue est partagé par des psychologues qui relient le trolling à la recherche d’attention et à un fonctionnement défensif face à des blessures émotionnelles profondes.
Comment faire face aux trolls ?
Quelques bons réflexes permettent d’éviter l’escalade toxique :
- Tournez sept fois votre langue numérique avant de répondre : est-ce vraiment utile de rentrer dans le clash ?
- Bloquez ou mutez sans hésiter les profils agressifs.
- Paramétrez vos réseaux sociaux avec des filtres et mots-clés sur Instagram ou X/Twitter pour limiter l’exposition aux attaques.
- En cas d’excès, contactez le 3018, une ligne d’écoute et d’aide pour les victimes de cyberharcèlement.
Prenez du recul pour préserver votre santé mentale et digitale.