Les jeunes veulent-ils des réseaux sociaux “nature-peinture” ?

Publié le : 09-06-2021

#tendances Pratiques numériques

Adieux clichés ultra retouchés et vidéos éditées dans les moindres détails, la nouvelle génération lève le poing contre le règne de la perfection sur le Net et revendique son désir de spontanéité. Des plateformes aux succès grandissants comme BeReal nous offrent une nouvelle dimension avec des réseaux sociaux au caractère "brut de décoffrage".

Anna Shvets by Pexels
Anna Shvets by Pexels
Anna Shvets by Pexels

Il est 14h, Amélie, étudiante aux cours Florent à Paris reçoit une notification sur son portable. Top chrono, l’application BeReal l’informe qu’elle peut prendre un « real » dans les 2 minutes qui suivent. Ni une, ni deux, la jeune femme prend alors une photo recto/verso, c’est-à-dire d’elle-même et de son environnement comme l’exige l’application. Le visage fatigué par une longue journée d’étude et une météo qui fait la grimace, les aléas de la vie courante sont loin d’être un complexe pour Amélie qui poste ses clichés sans retouches ni paillettes. De toute façon, ils ne sont pas autorisés sur la plateforme. La jeunesse aurait-elle perdu la tête ? Il n’en est rien !  

Non rien de rien, non, je ne regrette aucun de mes posts. La force de l’application BeReal réside justement dans cette capture de l’instant T. « Je ne connaissais pas du tout l’application, c’est une copine qui m’en a parlée et je me suis laissée convaincre. Aujourd’hui, je ne peux plus m’en passer car j’ai un cercle d’amis habitant aux quatre coins de l’Europe, c’est donc excellent moyen de garder contact avec tout le monde et de jeter un coup d’œil à leur vie de tous les jours » explique la jeune femme avant de poursuivre : « Il n’y aucune gêne sur la plateforme puisque les photos prises circulent dans une chaîne purement amicale ».

 

 

Consommer les réseaux sociaux d’une autre façon

 

Cocorico ! L’application française BeReal n’est pas une lubie de la jeune génération aussitôt arrivée aussitôt repartie dans les ténèbres du Net. Pour preuve, sur l’App Store, l’appli née dans l’hexagone fait déjà de la concurrence aux plus grands en se plaçant en 5ème tendance des téléchargements dans la catégorie « réseau social ». Pour Amélie, BeReal qui se décrit comme « le premier réseau social incontrôlable » joue justement sur ce qui a fait la faiblesse des autres plateformes : « Il n’y a rien qui me dérange avec BeReal. Je n’ai qu’un souhait, celui que l’application continue de fonctionner sur ce principe de cercle privé bon pour le moral et ne rentre pas dans la course de la personne qui aura la meilleure photo ». 

 

Résultat, de plus en plus de plateformes jouent la carte du naturel. Petit nouveau dans le paysage : l’application Poparazzi qui cartonne au pays de l’oncle Sam et qui monte doucement dans l’hexagone. Ici adieu la course aux likes, puisque le fameux selfie y est formellement proscrit. Pour faciliter la tâche des « paparazzis » en herbe, seule la caméra arrière de nos smartphones est utilisable. Votre mur est ainsi construit à partir de clichés pris à la volée, une imperfection qui a tout son charme ! 

Même si la plateforme Poparazzi comporte encore des défauts et suscite des débats sur la question du respect de la vie privée, une telle initiative nous dévoile surtout un nouveau regard sur le monde. Moins égocentrique, et cela fait beaucoup de bien à une jeune génération parfois complexée par la surexposition de leur propre image.

 

 

Faut-il mettre les Instagram et autres plateformes aux oubliettes ?

 

Quand il s’agit des réseaux sociaux, deux courants s’opposent dans les esprits d’une majorité. D’un côté il y aurait les bons élèves comme BeReal, de l’autre des géants comme Instagram dont l’usage serait la source d’une addiction néfaste pour la santé mentale de nos jeunes. Halte ! Cette vision manichéenne est pourtant réductrice. Il faut faire la part des choses, sur TikTok par exemple, entre les vidéos de chorégraphie millimétrées et les filles aux maquillages parfaits, des mouvements prônant le naturel nous prouve qu’il n’est pas honteux de se montrer tel que l’on est même aux yeux de milliers de personnes. C’est d’ailleurs sur cette plateforme qu’a récemment émergé le hashtag  #socialmediaisfake, à traduire par « ne croyez pas ce que vous voyez sur les réseaux sociaux », et il frôle les 50 millions de vues. Vergetures, cernes, acné… Les jeunes femmes notamment se dévoilent ici fièrement sans filtre ni retouche et c’est franchement rassurant.

 

@jesthejeminiI live this trend 🥺 #dailyreminder #socialmediaisfake #makeupmetamorphos #makeupbeforeandafter #selflove #grwm #powerofmakeup #beautymode #mua♬ creds to ellie abebe for the trend – 🧡 morticia 🧡

 

« On a tendance à faire beaucoup de prévention très négative, à mettre en avant les dangers et les risques des réseaux, et c’est important pour nous adultes de les comprendre. Mais en parler à longueur de journée aux jeunes ne marche pas, ils nous prennent pour des vieux ringards qui ne comprennent pas leurs plateformes », alerte Vanessa Lalo, psychologue clinicienne spécialisée dans les pratiques numériques, lors d’une table ronde sur la sécurité en ligne organisée par TikTok France. Au-delà des photos tirées à quatre épingles, les réseaux sociaux peuvent aussi apprendre à nos adolescents une batterie de choses. De l’actualité comme le fait avec pertinence HugoDécrypte sur son compte Instagram en passant par l’apprentissage des langues par l’humour proposé sur les comptes TikTok de nombreux professeurs. Les réseaux sociaux savent aussi se montrer vrais et proches des besoins de leurs communautés.