Handicap : le jeu vidéo vers plus d'inclusion

Le jeu vidéo, inaccessible pour les personnes handicapées ? Depuis la fin des années 2010, les créateurs du jeu vidéo et les associations se mobilisent pour que cette idée fasse bientôt partie du passé.

Publié le : 09-12-2022

Si la question de l’accessibilité du jeu vidéo aux personnes handicapées pouvait sembler une préoccupation dérisoire il y a une décennie, le média s’est fait une place de choix dans les loisirs des Français depuis. 

Selon une étude du SELL (le Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs) datée de 2021, le jeu vidéo serait la première industrie créative et culturelle de France. Avec ses 5,3 milliards de recettes, elle se placerait loin devant le cinéma ou le livre. Pourtant, sa pratique a longtemps été impossible pour de nombreux handicaps et l’idée selon laquelle il serait inaccessible aux personnes handicapées persiste.

Depuis la fin des années 2010, tout le monde s’organise pour faciliter cette accessibilité. Pour preuve, un champion non-voyant “The Blind Warrior” dans les combats européens du jeu de combat Street Fighter. Son secret pour éviter les coups ? Il a mémorisé chaque son, pour l’identifier à une attaque en particulier. 

De plus en plus de joueurs handicapés créent aussi des chaînes Youtube et Twitch pour partager leur solution et leur passion du jeu vidéo. C’est le cas du streamer Sans Les Mains, qui explique tout ça en vidéo :

Les options d’accessibilité 

Pour que cela ait pu devenir possible, il a fallu que les créateurs de jeux vidéo implémentent des options pour que les jeux s’adaptent aux besoins des joueurs. Un guide en ligne propose désormais aux créateurs de jeu vidéo différentes fonctionnalités à implémenter dans leurs jeux.

De la possibilité à régler la taille des sous-titres à des fonctionnalités plus élaborées comme un système de sonar pour mieux distinguer les obstacles. Le meilleur exemple en la matière reste sans aucun doute The Last of Us : Part II. Le jeu de zombies propose plus de 70 options d’accessibilité différentes et a été accompagné par un consultant non-voyant dans ce processus. 


Dans The Last of Us : Part II, on peut choisir de placer un filtre de couleurs sur les ennemis, les alliés et les objets avec lesquels on peut interagir. Pratique pour les personnes malvoyantes.


Depuis, les grandes productions à gros budget implémentent de plus en plus d’options en ce sens. Si les studios s’y intéressent tout récemment, c’est la conséquence d’une multitude de facteurs, qui prennent racine à partir de 2017. Cette année est marquée par la vague #MeToo qui met un coup de projecteur sur les discriminations liées au genre déjà, mais aussi sur le quotidien de l’ensemble des minorités, dont les personnes handicapées. 


Les créateurs du très récent God of War : Ragnarök expliquent les motivations derrière l’implémentation d’options d’accessibilité.


A partir de 2019, cette accessibilité revêt un caractère légal. En 2010, le 21st Century Communications and Video Accessibility Act (CCVA), voulu par Barack Obama, entérine la nécessité de rendre, notamment, Internet accessible à toutes et tous. Une obligation qui concerne aussi, par exemple, les jeux qui possèdent un chat (vocal ou textuel).

S’il n’est pas concerné dès le début de la mise en place du CCVA, le jeu vidéo y est soumis depuis le 1er janvier 2019. Les temps de production de jeux prenant du temps (plusieurs années), les résultats de cette nouvelle réglementation se font sentir depuis tout récemment.

Mais concrètement, comment ça marche ?

Concrètement, pour les personnes mal-voyantes, cela va se traduire par des tailles de sous-titres différentes, de la possibilité de faire sortir le son en multicanal afin qu’ils puissent mieux se repérer dans l’espace ou le fait de pouvoir mettre des filtres de couleur sur les éléments clé du jeu comme les alliés, les ennemis et les objets interactifs.


Dans le jeu de stratégie Civilization V, vous pouvez choisir d’afficher cette vue de la carte. Elle vous permet de mettre en exergue les éléments importants de la carte et de supprimer les détails d’ordre décoratif.


Pour les personnes sourdes ou malentendantes, c’est s’assurer que toutes les informations audio soient répliquées à l’écrit ou visuellement. Il faut aussi qu’un chat textuel soit accessible pour les jeux multijoueurs ou qu’on sache dans les sous-titres qui parle.

Pour les personnes avec des troubles cognitifs, sur la mémoire ou le traitement des informations par exemple, le fait d’implémenter des rappels sur les événements passés de l’intrigue est primordial. Il faut également rendre possible le fait de mettre en exergue les éléments importants, comme les objets interactifs ou les mots importants.


Dans Doom, le chemin à suivre est indiqué par de petites lumières. Un détail qui peut se révéler très utile pour certaines personnes qui ont du mal à se repérer dans l’espace.


Pour les personnes avec des troubles de la parole, on peut par exemple rendre possible dans les jeux en ligne le fait de pouvoir sélectionner l’option « ne jouer qu’avec des personnes qui communiquent via le chat textuel ».

Pour les personnes avec un handicap moteur, les options d’accessibilité dans les jeux sont légion. Le plus important reste de pouvoir choisir de changer la disposition des touches et leur fonction. On peut aussi proposer une option pour pouvoir changer la vitesse du jeu ou le niveau de sensibilité des mouvements.


Dans le jeu de science-fiction Eve Online, on peut choisir de changer la taille des éléments d’information qui s’affichent à l’écran. Et ce, jusqu’à 150% de leur taille originelle.


Et de manière plus générale, le fait de pouvoir changer la difficulté est primordiale pour que le jeu soit accessible à toutes et à tous. Si le sujet fait débat au sein de la communauté de joueurs et de celles des créateurs, cette possibilité reste essentielle aussi pour les personnes handicapées.

Les accessoires pour s’adapter

Si les jeux s’adaptent, le matériel pour y jouer aussi. Pour les personnes ayant un handicap moteur, les manettes et les souris peuvent constituer un obstacle majeur. Des solutions voient désormais le jour en ce sens. L’association Handigamer, fondée par David Combarieu, ingénieur de métier et beau-père d’un jeune homme tétraplégique, propose par exemple de fabriquer des solutions sur-mesure aux joueurs et joueuses. 


La Xbox Adaptative Controller peut être branchée à une multitude de manettes personnalisées.


Microsoft, constructeur de la gamme de consoles Xbox, s’est aussi prêté au jeu en proposant à la vente une manette spéciale, équipée de boutons bien plus larges que ceux présents sur l’originelle, et dotée de nombreux ports permettant de brancher des adaptations personnalisées. Philou, le célèbre et regretté commentateur sportif sur Twitter, avait d’ailleurs partagé son installation.

Les difficultés persistent 

Mais jouer aux jeux vidéo n’est pas encore acquis pour tout le monde et sur tous les jeux. Déjà, ce sont seulement les très grosses productions qui proposent un très large spectre d’options d’accessibilité. Et ce pour une raison simple : toutes ces fonctionnalités supplémentaires ajoutent des frais (parfois lourds) au développement du jeu. 

De plus, pour les joueurs ayant besoin d’équipements particuliers, le loisir reste encore cher. Comptez 89,99 euros seulement pour la manette servant de “hub” proposée par Xbox. Et pour les adaptations personnalisées, les solutions se chiffrent en plusieurs centaines d’euros.

Et toi Orange, tu fais quoi ?

Coussin connecté, mode malvoyant sur la TV d’Orange, service client adapté à vos besoins… Orange propose tout un ensemble de propositions, pour que vous soyez sûr de trouver celle qui vous correspond.

Le but : permettre l’inclusion numérique. Des conseillers spécialisés sont présents dans les boutiques labellisées pour vous accueillir au mieux. Pour en savoir plus, cliquez ici.

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