Slow web : et si on apprenait à ralentir sur Internet ?

Vous en avez marre des notifications en rafale, des fils d'actualité sans fin, des vidéos qui s’enchaînent automatiquement et des plateformes conçues pour vous garder le plus longtemps en ligne ? À rebours de l’économie de l’attention, le « slow web » propose une manière de concevoir et d’utiliser les services numériques à la fois plus lente, plus sobre, plus respectueuse de la vie privée et de la planète. L'objectif est de remettre du temps et du choix dans nos usages. On vous explique !

Temps de lecture : 4 minutes

On a trouvé l’occasion de se réconcilier avec les pigeons ! De nouvelles applications de messagerie proposent d’envoyer des messages à la vitesse d’un pigeon voyageur, comme c’était encore le cas au XIXème siècle.

Carrier Pidge et Roost Social sont par exemple des applications ludiques d’envoi de messages, disponibles en français, qui permettent d’écrire à un un destinataire et de les envoyer à la vitesse réelle d’un pigeon voyageur. 

En bref, on écrit un message, un lien se génère, le destinataire reçoit le lien via le réseau social choisi et peut suivre l’arrivée du pigeon voyageur en tant réel sur une carte. Une expérience de messagerie sociale plus lente, pour les mots qui méritent un itinéraire (suivant la distance à parcourir), un peu de suspense et un vrai moment d’arrivée.

Et côté confidentialité ? Ces applications assurent chiffrer les messages de bout en bout et n’utilisent qu’une localisation approximative pour calculer le trajet du pigeon. Les données liées aux conversations peuvent toutefois être conservées par le service, sans durée précise annoncée.

Un web qui respecte le rythme de l’utilisateur

Face à l’accélération permanente des plateformes, des réseaux et des services, le principe du slow web apparaît au début des années 2010, dans le sillage des mouvements « slow » (lent) inspirés par la « Slow Food ». En 2011, l’entrepreneur français Tariq Krim emploie pour la première fois le terme afin de défendre des produits numériques mieux adaptés au rythme humain. L’année suivante, le designer et auteur américain Jack Cheng popularise l’idée dans l’essai The Slow Web, qui est devenu une référence. Il oppose au « fast web » (Internet rapide), gouverné par la sollicitation permanente, un web pertinent au bon moment plutôt qu’immédiat à tout prix.

Le slow web n’est ni une norme, ni un label. C’est plutôt une philosophie de conception. Ce mouvement vise avant tout à éviter les mécanismes qui poussent à consulter compulsivement un service pour laisser l’utilisateur décider à son rythme. Le slow web peut avoir un bénéfice écologique, mais ce n’est pas intrinsèquement un mouvement écologique. À l’origine, il porte surtout sur l’attention, le rythme, la vie privée et la conception éthique. Jack Cheng le résume notamment par « timely, not real-time » et « moderation, not excess ».Tariq Krim y ajoute quatre piliers fondamentaux qui doivent gouverner le Web éthique, à savoir la transparence sur l’usage des données, le design non manipulateur, le respect de la vie privée et la possibilité de quitter facilement un service en récupérant ou en supprimant ses données.

Dans la pratique, cela peut prendre des formes très simples, comme par exemple une newsletter reçue une fois par semaine plutôt qu’un flux à rafraîchir toute la journée ou un service de lecture différée qui permet de mettre un article de côté pour le consulter plus tard. De cette manière, le slow web se rapproche de l’écoconception car il privilégie les plateformes low-tech, les messageries volontairement lentes, les interfaces sans algorithmes addictifs et les services qui ne cherchent pas à transformer chaque geste en donnée exploitable. 

Qui adopte le slow web ?

Les utilisateurs du slow web ne forment pas une communauté homogène. On y retrouve des personnes qui cherchent à réduire leur dépendance aux réseaux sociaux, mais aussi des journalistes, des designers, et des développeurs. Certaines entreprises s’en inspirent également pour réduire le nombre de notifications, améliorer la lisibilité de leurs interfaces ou proposer des communications moins fréquentes mais plus utiles.

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Les bénéfices sont d’abord cognitifs, avec une meilleure concentration et une plus grande faculté à assimiler l’information, mais l’intérêt de la démarche est aussi environnemental car la sobriété d’usage limite les émissions de CO2 liées au numérique

Peut-être que le slow web ne connaîtra jamais un succès mondial mais cet internet alternatif fondé sur la lenteur a comme principal mérite de nous faire réfléchir à la frénésie de nos vies numériques, et de proposer une alternative plus sereine et plus écologique dans laquelle chacun peut se réfugier. Et rien que pour ça, cela vaut le coup qu’on s’y intéresse !

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