Intimité volée : la revanche des ex

Publié le : 09-02-2021

#protectiondesenfants Parents

Sexting, nudes, vidéos érotiques … Quand les jeux des premières amours sont exposés au grand jour, la romance se transforme en cauchemar. Face à un "revenge porn” ébréchant la confiance d’une nouvelle génération, comment réagir ?

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En 2017, le phénomène “13 Why” met le doigt sur une forme de harcèlement propre à la jeune génération. 

D’une triste pertinence, l’histoire d’Hannah Backer illustre comment des rumeurs et des contenus intimes diffusés en public peuvent mener un adolescent jusqu’à l’impensable. 

 

La série s’articule autour de la lettre de suicide de la jeune femme qui met en cause l’implication d’un membre de son entourage dans son funeste destin. 

Un détail essentiel pour comprendre un des aspects les plus délicats du revenge porn : ce dernier est le plus souvent commis par un proche, notamment un(e) ex petit(e) ami(e) ; ce lien étroit  rendant ardue la dénonciation et mettant en porte-à-faux le principe de consentement.  

 

 

Il a fait circuler des photos de moi nue. Des dizaines de personnes ont vu mon corps”, explique Léa (prénom d’emprunt) au Parisien  en février 2020. 

L’adolescente venait de se séparer de son copain après 3 ans de relation. Une rancune puérile dont l’écho s’est fait entendre des mois durant : “Quelques mois plus tard, alors que je n’entendais plus parler de cette histoire, j’ai reçu des représailles émanant d’un compte anonyme sur Instagram et Snapchat. Il menaçait de diffuser les photos diffusées par mon ex où, bien sûr, on pouvait voir ma tête”.
Derrière ce “corbeau” se cachait en réalité un très bon ami de Léa…. 

 

C’est une romance, c’est une belle histoire… Qui se termine mal. La rupture à l’heure de l’omniprésence des portables et des réseaux sociaux a parfois un goût amer. 

Fini les valises en bas de l’immeuble et la photo coupée en quatre, en 2019 le ministère de l’Intérieur a enregistré 10,73 % de plaintes supplémentaires par rapport à l’année précédente concernant les cas de revenge porn

Bien qu’il ne s’agisse pas de condamner l’usage des technologies, une utilisation plus contrôlée, éduquée et responsable de ces nouveaux moyens de communication éviterait pourtant d’en arriver là. 

 

Un casse-tête juridique peu à peu résolu

 

Face à la confiance ébranlée de beaucoup de jeunes, depuis 2016 la volonté du gouvernement à prendre part à la lutte contre cette forme de harcèlement prend enfin corps juridiquement. Sexting et images compromettantes divulguées à tout va se trouvent freinées par l’article 226-2-1 du code pénal : « Lorsque les délits prévus aux articles 226-1 et 226-2 portent sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel prises dans un lieu public ou privé, les peines sont portées à deux ans d’emprisonnement et à 60 000 € d’amende »

 

Mais ce qui bloquait jusqu’alors dans la condamnation du revenge porn commence petit à petit à se dégeler. « Est puni des mêmes peines le fait, en l’absence d’accord de la personne pour la diffusion, de porter à la connaissance du public ou d’un tiers tout enregistrement ou tout document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel, obtenu, avec le consentement exprès ou présumé de la personne ou par elle-même, à l’aide de l’un des actes prévus à l’article 226-1″. Autre point non négligeable, l’âge de l’auteur de l’enregistrement de l’image ou des textes n’a pas d’incidence sur son acte, ce qui veut dire que ce délit peut être reproché à une personne mineure. Une aubaine pour un phénomène majoritairement jeune. 

 

Enterrer la hache de guerre

 

Pour les victimes ou les témoins de ces lynchages à caractère sexuel, un mot d’ordre : l’écoute. Parents, il est important de ne pas mettre le blâme sur votre ado en évoquant la maladresse ou l’imprudence de ce dernier à avoir partagé des contenus intimes avec une personne dont la relation semblait solide. Pour la victime, il est important de se sentir épaulée et de prendre conscience qu’il existe aujourd’hui des recours pénaux face à cette situation (pourquoi pas en avertir l’agresseur si ce dernier en est au stade de la menace pour l’en dissuader). 

 

 

Sachez également qu’Internet fournit un bon nombre d’outils pour prévenir et/ou réagir face à une telle situation. La plateforme Commentonsaime est un formidable refuge créé par des jeunes pour les jeunes dans l’optique de discuter des relations amoureuses sous toutes leurs coutures: connaître les limites à une relation saine, faire valoir ses droits, trouver du soutien auprès d’un professionnel … Ici, aucun tabou ! 

 

Plus concrètement, depuis 2009,  la plateforme d’harmonisation, d’analyse, de regroupement et d’orientation des signalements (Pharos) épaule la justice dans son combat contre la criminalité 2.0. Un outil, simple et démocratique à disposition de tous les citoyens afin de faire retirer en urgence les contenus concernés. La mosaïque de la cybercriminalité y est passée au crible par les services de police et gendarmerie affectés spécialement au site : incitation à la haine raciale, provocation à la discrimination, menace ou incitation à la violence, trafic illicite, contenus pédopornographiques… Et les fameux cas de revenge porn. Pour signaler tout comportement, propos ou images portant atteinte à l’intégrité de votre ado, il vous suffit de cliquer sur le bouton “signaler”, voyant rouge au milieu de la page d’accueil de Pharos. A savoir également que vous pouvez effectuer un signalement de manière anonyme ou non.   

 

D’autre part, les principaux “transmetteurs” de ces contenus compromettants commencent également à s’unir à la lutte. Exemple, lorsqu’une photo est publiée sans autorisation sur Facebook, Messenger ou Instagram, il est possible de signaler cet acte de manière simplifiée grâce à la technologie du “photo-matching” utilisée pour bloquer instantanément une image. Comment ça marche ? A l’aide d’un algorithme intelligent, il est possible de reconnaître les images signalées par les utilisateurs ou déjà interdites par le  réseau social et d’éviter ainsi automatiquement le partage de ces dernières et la traînée de poudre s’en suivant. De quoi mettre des bâtons dans les roues aux esprits malveillants !

 

Les initiatives à retenir pour prévenir ou lutter contre le revenge porn

Signaler le contenu directement sur la rubrique dédiée à cet effet sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, Twitter ou encore Snapchat disposent tous de ces outils de signalement). 

Signaler le contenu sur le dispositif du ministère de l’intérieur sur Pharos

Appeler le 30 18 , numéro gratuit et confidentiel opéré par l’association e-Enfance. Ligne dédiée à la lutte contre cyber-harcèlement pour parler du cas de revenge porn.

Aller sur le formulaire de droit à l’oubli des moteurs de recherche comme Google et Microsoft, permettant à toute personne de demander le retrait de certains résultats de recherche la concernant, lorsque son nom y est associé.

Porter plainte directement à la gendarmerie ou en ligne. Pour plus de discrétion, il est désormais possible d’effectuer ce signalement par chat. 

Trouver de l’aide et des conseils auprès de collectifs spécialement tournés vers la question. On vous conseille vivement le collectif  StopFisha ou encore turnoff.revenge

Prendre la parole. Victimes ou parents témoins n’hésitez pas à entamer le dialogue. L’isolement est la pire des réactions, en parler sans honte c’est trouver au plus vite les multiples solutions à votre disposition et ainsi faire taire ce harcèlement des plus pénibles. Vous n’êtes pas seul(e) !