Mauvaises rencontres sur Internet : comment protéger nos enfants ?

Publié le : 01-03-2021

#protectiondesenfants Parents

Toujours plus tôt et de manière toujours plus habile, Internet et ses usages n’ont plus de secret pour les plus jeunes d'entre nous. Une précocité qui ouvre la porte aux esprits les plus malveillants, alors comment se protéger et protéger ceux que l’on aime ?

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“Tu peux avoir confiance en moi, je ne vais pas te faire de mal”. Printemps 2020, la sphère YouTube subit un séisme face au cas Experimentboy, youtubeur scientifique aux quelques 1,15 millions d’abonnés accusé de corruption de mineurs. Profitant de sa popularité, le vidéaste a exercé un pouvoir malsain basé la plupart du temps sur des jeux sexuels à distance avec au moins une dizaine des ses fans, dont une grande partie avait moins de 15 ans…

 

«  Il a utilisé sa notoriété pour m’utiliser comme un esclave sexuel à distance. J’avais 13 ans, sans pouvoir consentir à une telle chose. », les témoignages recueillis par l’enquête du journal Numerama s’accumulent et font froid dans le dos. D’abord amical puis franchement incitant, le mode de fonctionnement du youtubeur correspond totalement à la démarche des prédateurs sexuels 2.0. Parmi les victimes, un certain Quentin piégé dans cette relation toxique durant 4 longues années. “On a commencé à discuter, très rapidement il m’a demandé si j’étais partant pour jouer un peu avec lui ”, explique l’adolescent aujourd’hui âgé de 17 ans, avant de poursuivre : “On s’envoyait des vidéos quand je revenais du collège. Je pouvais faire ce qu’il voulait. Il me demandait de faire des choses, me montrait ce qu’il faisait. Il me conseillait d’acheter certains objets sexuels, ce que j’ai fait.

 

 

Les apparences sont parfois trompeuses

 

“ Les nouvelles technologies n’ont pas engendré de nouveaux faits, mais une reconfiguration de la criminalité présente dans le monde physique”  – Michaël Dantine, criminologue à l’Université de Liège (ULG) à l’hebdomadaire belge Moustique. 

 

N’ouvre pas la porte aux inconnus”, “Dans la rue ne suis pas n’importe qui ”, les recommandations des parents à l’égard de leurs enfants semblent aujourd’hui quelque peu désuètes quand on sait qu’Internet est une ouverture sans limite à la rencontre de nouvelles personnes. Les écrans, des cachettes bien organisées où les pédophiles peuvent jouer sur de faux profils, véritables alibis pour attirer l’attention des jeunes personnes. Les points d’entrée sont multiples : groupes Facebook, Discord, snaps, jeux vidéo en ligne… Le piège se referme. 

 

 

Pour faire face au fléau, le gouvernement français tente de traquer ces personnes malintentionnées avec de multiples moyens mais le sujet est complexe car les prédateurs bien au chaud sur leur portable redoublent d’inventivité. Données, localisations et identités mieux cachées, les harceleurs ne connaissent plus de frontières et les policiers de coopérer avec les services étrangers. Malgré les embûches, à l’arrivée la sanction reste salée pour les auteurs :  la corruption de mineur est, selon l’article 227-22 du code pénal, passible de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende, et les peines peuvent être portées à 7 ans de prison et 100 000 euros d’amende, notamment lorsqu’un réseau de communication électronique a été utilisé pour contacter le mineur. De même, le « grooming », ou « le fait pour un majeur de faire des propositions sexuelles à un mineur de quinze ans ou à une personne se présentant comme telle en utilisant un moyen de communication électronique » est réprimé à l’article 227-22-1 du code pénal et puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Cela passe à 5 ans et 75 000 euros lorsque les propositions ont été suivies d’une rencontre.  

 

Pédophilie, des outils pour traquer les activités malveillantes

 

Pharos, les prémices de la lutte

 

En 2009, alors que l’usage d’Internet fait un énorme bond en avant, le ministère de l’Intérieur décide de créer la « plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements” aka Pharos. Première attaque directe aux contenus illicites présents sur Internet, le système cumule aujourd’hui plus d’1,5 million de signalements. La force de Pharos réside surtout dans la multiplicité de ses lignes d’actions en s’intéressant à toutes sortes de contenus mis en ligne sur différents supports (réseaux sociaux, blogs, forums…). Tout le monde peut effectuer un signalement sur Pharos, il vous suffit de vous rendre sur le site et de cliquer sur le bouton “signaler”. On vous demande quel type de contenu vous souhaitez rapporter, cochez alors la première case “pédophilie ou corruption de mineurs sur Internet”. Date d’observation, type de support… Les informations fournies seront directement traitées par des policiers et gendarmes affectés à la plateforme, afin de vérifier que les contenus et comportements signalés constituent bien une infraction à la loi française.

 

 

Bodyguard, un garde du corps 2.0

 

Lancé par un jeune niçois de 23 ans, Bodyguard est l’application française s’engageant directement dans la lutte contre le harcèlement en tout genre en ligne. La plateforme bloque les  contenus malveillants d’une manière intelligente et novatrice. Ici l’analyse est poussée plus loin et va même jusqu’à prendre en compte les emojis.  Une offre sera dédiée aux parents pour déceler si leur enfant est victime de cyberharceleurs, ils seront alors avertis par email. Simple, pratique et efficace on vous la recommande. 

 

 

Projet Artémis, le géant Microsoft lève le point

 

Début 2021, le monument de la tech’ Microsoft décide d’ajouter sa pierre à l’édifice pour la lutte contre la pédocriminalité en ligne en dévoilant les contours de son programme intelligent. Artémis entend donc analyser toute forme de dialogue en ligne afin de repérer des mots et des schémas potentiellement alarmants. Que la conversation soit au stade du “groom”, c’est-à-dire aux prémices d’une discussion servant à amadouer un jeune pour en tirer son entière confiance ou qu’il s’agisse clairement de propos provocants, Artémis va alors évaluer la dangerosité du dialogue sur une note allant de 1 à 10. Tous les détails du fonctionnement du programme n’ont pas été révélés afin d’empêcher les prédateurs de calibrer leurs modes d’approche à l’algorithme. Pour l’instant l’outil aurait essentiellement été déployé sur Skype et la plateforme Xbox énormément utilisés par les jeunes et c’est plutôt rassurant. 

 

E-enfance, un numéro d’écoute à utiliser sans modération

 

Depuis 2005, l’association e-Enfance tend l’oreille et la main aux enfants enfants victimes mais aussi aux parents témoins des dangers du net. L’association, en partenariat officiel avec le ministère de l’Education nationale, prodigue assistance et conseils. Simple et rapide, il vous suffit de composer le numéro vert national 0800 200 000 pour trouver un interlocuteur pour vous guider.

 

Les initiatives à retenir pour prévenir ou régir à propos la pédocriminalité sur le web : 

 

Pharos : 1ère plateforme française de signalement d’actes de cybercriminalité (pédocriminalité, terrorisme, racisme…). Simple et intuitive, elle est en lien direct avec les services de police et le gouvernement.

La Fédération Française des Télécoms met également à disposition des internautes son formulaire de signalement des contenus illicites.

Bodyguard : Une application intuitive fonctionnant comme un modérateur de texte  aidant les individus, les familles et les entreprises à se protéger des contenus toxiques, du cyberharcèlement et des discours de haine. Disponible gratuitement et applicable sur les plateformes suivantes : Twitter, YouTube, Instagram et Twitch grâce à une application mobile gratuite.

Artemis : En tant que compagnie majeure dans le domaine de la technologie, Microsoft s’engage désormais à travers son projet Artemis pour la protection des jeunes face aux contenus en vérifiant sur Skype et Xbox les échanges douteux.

E-enfance : Association reconnue d’utilité publique, e-enfance vient en aide aux victimes, parents et professionnels sur des questions de cyber harcèlement, de cyber sexisme et des autres formes de cyber-violence. Numéro vert :  0800 200 000