Illectronisme, l’incompréhension du numérique touche aussi les jeunes

Publié le : 16-04-2021

#inclusionnumerique Parents

Tombés dans la marmite étant petits, les plus jeunes auraient une connaissance quasi innée du numérique. Manque d’équipements, usage controversé ou mise à l’écart, la fracture 2.0 n’est pourtant pas l’apanage de nos aînés. Alors faut-il voir plus grand et plus jeune dans l’enseignement de l’univers informatique ? Assurément.

Thomas Park by Unsplash
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Contraction d’illettrisme et d’électronique, l’illectronisme chez les jeunes est une réalité. Ils tchattent, likent, postent des stories à longueur de journée et font les montages de leurs dernières chorégraphies sur TikTok. Génies de l’informatique nos ados ? C’est vite dit selon une étude de la plateforme Jeunes et Médias indiquant que 30 % des 9-16 ans n’utilisent jamais ou quasiment jamais l’ordinateur pour effectuer des recherches sur le Net. Comme des poissons dans l’eau quand il s’agit de gagner des abonnés sur les réseaux sociaux, mais à l’approche d’un bon vieux clavier et d’une souris d’ordinateur l’engouement se fane. 

Un fossé d’un nouveau genre qui se creuse depuis des années, mais qui a fait sa véritable apparition à l’arrivée de la crise sanitaire et des bancs de l’école derrière l’écran. « On se dit qu’ils sont tout le temps sur le téléphone, qu’ils maîtrisent les outils informatiques, mais on voit au quotidien que lire un email n’est pas dans leurs habitudes. Mettre une pièce jointe peut s’avérer compliqué », indique une enseignante dont le témoignage a été recueilli pour l’étude. Ça coince…

 

 

 

Adieu traitement de texte, email et tableau Excel

 

Le monde court vers sa transformation numérique à une folle allure. Démarches administratives, recherche d’emploi ou classe à la maison pour faire écho à l’actualité, nos quotidiens glissent impatiemment vers les écrans. Face à ces usages démultipliés du numérique, le nombre d’illectroniques, soit les personnes en incapacité d’utiliser le numérique chaque jour, affiche une grandeur à faire pâlir : environ 12 millions, d’après l’Insee. Dans ce grand bain, une population pas forcément mûre et pour qui les lacunes dans ce domaine pourraient certainement avoir des répercussions sur leur vie professionnelle à venir. 

Face à une utilisation ludique faisant parade à l’utilisation pratique du numérique chez nos cadets, c’est à l’échelle nationale que la sonnette d’alarme se tire désormais. La mise en place récente d’un secrétariat d’Etat chargé de la Transition numérique en est la preuve et son actuel représentant, Cédric O, affirme lui-même l’utilité de diriger les efforts à faire vers les plus jeunes : « Nombre de jeunes savent très bien se servir des réseaux sociaux ou jouer à Fortnite. Mais dès qu’il s’agit de s’inscrire à Pôle emploi, faire une déclaration d’impôt en ligne, faire un CV ou forwarder un email [transférer], c’est plus compliqué. Cet exemple d’un jeune disant à son conseiller Pôle emploi qu’il ne savait pas forwarder un email m’est revenu plusieurs fois », a exprimé ce dernier à l’occasion de la présentation du baromètre sur la confiance des Français dans le numérique.

 

 

Pour faire barrage à ce problème, il est important de mettre le pied sur l’accélérateur afin de faire rimer Instagram et programme. L’idée n’est donc pas d’effacer ou de blâmer l’usage actuel du numérique de nos plus jeunes, mais d’élargir ce dernier puisque l’union fait la force, vous connaissez l’adage. Dans l’hexagone d’ailleurs, les structures pour l’inclusion numérique se multiplient, telles que WeTechCare ou encore la Grande École du Numérique.

 

 

Poser les bases pour repartir du bon pied

 

Pour parler correctement le français, il est essentiel d’en maîtriser la syntaxe ou encore la conjugaison, il en va de même pour le numérique, alors une bonne leçon s’impose. Il existe bien évidemment des institutions spécialisées dans la formation au numérique des plus jeunes mais vous pouvez, vous aussi en tant que parents aidez votre enfant avec quelques astuces et leur mettant les bons outils entre les mains. 

 

7-9 ans : se familiariser avec le principal concerné, l’ordinateur

Avant d’aider son enfant à développer ses compétences numériques, notamment quand il s’agit des plus petits, mieux vaut lui enseigner l’usage d’un ordinateur plutôt que de lui mettre directement une tablette ou un portable entre les mains. Il est fortement recommandé d’attendre que ce dernier soit en mesure de lire pour comprendre tout ce qui peut s’afficher sur un écran. 

 

Expliquez-lui d’abord les éléments de base de cet outil, un peu comme un cours de mécanique en lui apprenant à se servir d’une souris ou encore à allumer et éteindre seul l’appareil. Veillez en parallèle à créer un profil d’utilisateur spécialement pour votre enfant. 

Par la suite, vous pouvez lui donner des leçons simples et ludiques. Apprenez-lui par exemple à utiliser une plateforme de traitement de texte en lui faisant inventer une histoire à écrire. Pour égayer son récit, montrez lui comment intégrer une image à son document en la cherchant sur Internet, à enregistrer son document pour continuer sa belle histoire plus tard ou encore à écrire un email afin d’envoyer ses aventures à son professeur ou aux grands-parents. Entrecroiser l’utilisation de différents outils pour les plus jeunes permet ainsi de donner de solides bases pour la suite sans susciter de blocage ou d’ennui.

 

10-15 ans : aux grands maux les grands remèdes, lutter contre l’illectronisme par le jeu vidéo

Au début des années 2000, alors que le numérique commence à s’éveiller, les jeux vidéo éducatifs tels que Adibou ou encore Passeport connaissaient un franc succès. Aujourd’hui, nos jeunes maîtrisent toujours autant voir mieux qu’avant l’art de la manette alors pourquoi ne pas remettre au goût du jour ces jeux éducatifs pour leur enseigner les fondements des usages numériques ? C’est en tout cas l’idée de la plateforme « Cood » créée par deux parents soucieux de transmettre la graine de l’informatique à leurs enfants : « La naissance de mon fils Matteo, aujourd’hui âgé de 6 ans, a décuplé mon ambition de transmettre aux enfants mon expérience du numérique afin de leur permettre d’appréhender la transformation digitale de la société et de leur faire comprendre les enjeux de protéger leur identité en ligne », explique Gaëlle, la co-fondatrice. Ici, les bases du code sont donc enseignées aux plus jeunes par gamification et à travers des ateliers gratuits. Le programme Supercodeurs d’Orange a aussi été créé pour familiariser les plus jeunes avec le numérique et pourquoi pas susciter des vocations. Pratique !

 

15 et plus:  l’aider faire ses bagages pour l’avenir

La majorité approche et votre ados ont hâte de rentrer dans le grand bain de la vie adulte. Mais certaines lacunes en numérique peuvent bloquer ces derniers à entreprendre ce grand virage. La rédaction d’un CV ou encore le fait de postuler en ligne ne sont pas toujours des choses innées. Dieu merci, le numérique a aussi conçu des outils pour vous aider à mieux maîtriser… le numérique ! MyCvFactory donne par exemple les clés pour la rédaction d’un curriculum vitae en béton. 

Pour chercher un stage, ou un premier job en ligne, de nombreuses applications ont vu le jour afin de faciliter la tâche de vos ados telle que StepOne, une application qui permet par exemple de chercher en fonction de votre zone de résidence. Enfin, si votre jeune est inscrit à Pôle emploi mais a du mal à se familiariser avec cet écosystème, l’Emploi Store regroupe de multiples applications pour l’aiguiller, de l’orientation en passant par la formation jusqu’à l’obtention d’un emploi. Alors face à des démarches en ligne parfois complexes, dites à votre jeune adulte en devenir qu’il n’est pas seul.

 

 

Vous l’aurez compris, poser les bases d’une culture numérique est indispensable à n‘importe quel âge afin d’entamer une vie digitale saine en toute sécurité et ouvrant le champ des possibles.