Des avatars virtuels peuvent-ils détrôner les influenceurs ?

Publié le : 15-10-2021

Pratiques numériques

Depuis quelques années, des influenceurs d’un genre un peu particulier gagnent du terrain. Des personnages virtuels cumulent plusieurs millions d’abonnés et un chiffre d’affaires à faire pâlir d’envie n’importe quel humain.

 

Sur Instagram, Rozy, 22 ans, partage ses derniers looks, ses voyages, repas, séances de méditation ou encore des clichés d’elle soufflant ses bougies d’anniversaire. À première vue, elle a tout d’une jeune femme ordinaire. Pourtant, un détail interpelle dans la description de son compte qui culmine à 100 000 abonnés. Il y est écrit : “Première influenceuse virtuelle coréenne”. Rozy n’est en effet qu’un avatar fictif en trois dimensions.

 

Des influenceurs à 10 millions d’abonnés

 

Les influenceurs créés en images de synthèse se sont multipliés ces dernières années. L’un des plus populaires, le vrai-faux rappeur FN Meka, cumule plus de 10 millions d’abonnés sur TikTok.

 

Les autres ne sont pas en reste, à l’image de Shudu, 218 000 abonnés et auto-déclarée première mannequin numérique au monde, Eternity, un groupe de K-pop dont vous pourrez admirer les clips en ligne, Hatsune Miku, une chanteuse virtuelle qui compte 2,5 millions d’abonnés sur Facebook, ou Lil Miquela, qui a séduit 3 millions de personnes depuis ses débuts, en 2016.

 

Faux amis pour fausses influenceuses

 

Après une première phase de succès liée à l’effet de surprise, ces comptes sont animés depuis des années, et regroupent de véritables communautés de fans endurcis. Et pour garantir cette success story sur le long terme, pas de recette miracle : des professionnels sont à la baguette ! Même s’ils sont écrits à la première personne du singulier, ce sont des équipes entières de rédacteurs, community managers et de spécialistes du marketing qui s’activent chaque jour pour faire vivre ses avatars.

 

Pour faire perdurer l’enthousiasme autour de leur protégée, les équipes de Brud, le studio créateur de Lil Miquela,  ont par exemple créé une rivale à leur star, Bermuda. Et l’ont également doté d’un meilleur ami, tout aussi virtuel qu’elle. Avec quelques rebondissements et un scénario bien ficelé, le succès était assuré.

 

Un business en or

 

Pour ces entreprises, les influenceurs virtuels sont devenus un business très lucratif. Le studio Brud a bénéficié d’investissements s’élevant à près de 20 millions de dollars, et les marques se bousculent aux portes. La top model Shudu a par exemple travaillé pour Balmain, Vogue, le magazine Cosmopolitain et la marque de Rihanna, Fenty Beauty.

 

 

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Une publication partagée par Shudu (@shudu.gram)

 

Rozy, de son côté, a entre autres signé un partenariat avec le constructeur automobile Chevrolet. En 2022, elle pourrait générer un million de dollars de chiffre d’affaires.

 

Il faut dire que pour les influenceuses virtuelles, les coûts à terme sont peu élevés. Certes, il faut créer l’avatar et garder le compte actif. Mais elles ont l’avantage de ne jamais tomber malade, de pouvoir voyager dans trois pays en même temps sans frais ou de ne jamais avoir besoin de repos.

 

De la “poudre aux yeux” ?

 

Pour autant, certains mettent les marques en garde au sujet de ces étranges avatars. Interrogé par le magazine Stratégies, Alexandre Frolov, CEO et cofondateur de la plateforme d’analyse du secteur de l’influence marketing HypeAuditor, estime qu’il s’agit avant tout de “poudre aux yeux”. “48% des influenceurs virtuels ont eu une croissance négative de leur nombre d’abonnés en 2020, ce qui signifie qu’ils perdent des abonnés”, explique-t-il.

 

Il précise que les chiffres peuvent être gonflés par l’achat de faux abonnements, sous forme de robots qui viennent grossir artificiellement le nombre de fans. “Ou alors, ajoute Alexandre Frolov, leur public n’aime simplement pas le contenu, et décide de ne plus les suivre. Leur principal défaut, c’est qu’ils ne sont pas humains : il n’y a donc pas ce niveau de confiance et d’empathie que l’on peut retrouver chez un influenceur réel”. Les robots n’arrivent donc pas encore aux chevilles des influenceurs en chair et en os. Pour le moment…