Dans le dico de la Génération Z # 7 : Wokefishing

Ils ont moins de 25 ans et n’ont pas connu le monde sans numérique. La Génération Z s’arme d’un vocabulaire nouveau à la croisée des réseaux sociaux, du jeu vidéo et de l’actualité. Libérés du carcan des dictionnaires, focus sur ces néologismes d’un jour ou de toujours.

Publié le : 24-05-2021

Dans le dico de la Génération Z # 7 : Wokefishing
Emmanuelle Bruno by Unsplash

temps de lecture : 4 minutes

 

Wokefishing, nous n’avons pas les mêmes valeurs

Wokefishing: : nom masculin  

Apparition du néologisme : 2020

Potentiel de pérennité : élevé  

Aurait-on perdu le hasard de l’amour en chemin ? En effet, le temps passant, le coup de foudre au détour d’une rue a laissé place au swipe sur Tinder. Des espaces de rencontre notamment prisés par la Génération Z qui semble avoir redéfini les codes des histoires d’amour à travers ces plateformes populaires.

Alors que l’on pourrait parfois reprocher à ces dernières de survoler les prémices d’une relation en ne laissant place qu’à la plastique des prétendants et leur manque d’envie de bâtir quelque chose de solide, beaucoup de personnes décident tout de même de partir sur ces plateformes à la recherche de l’amour, du vrai ! Pour ce faire, impossible de passer à côté de la case « description ». Baroudeur dans l’âme ou fin cinéphile, en quelques phrases, il faut dépeindre ses meilleurs atouts. Une tirade aujourd’hui controversée avec l’arrivée du « wokefishing »

Le wokefishing, kesako ?

Alors que la description des profils d’applis de rencontre se la jouait jusqu’ici plutôt classique (livre préféré, animaux de compagnie, etc), aujourd’hui de plus en plus de personnes n’hésitent plus à clamer haut et fort leurs prises de position sur tel ou tel sujet et le poing levé s’il vous plaît ! Véganisme, lutte pour l’environnement, féminisme… Les convictions des uns attirent malheureusement les arnaques des autres avec le wokefishing, une pratique consistant à s’inventer des valeurs pour attirer sa proie.

« Un wokefish peut d’abord se présenter comme un féministe intersectionnel, (…), antiraciste qui boit du lait d’avoine d’origine éthique. Mais en réalité, il n’en a rien à faire. Ou, comme c’est souvent le cas, il prône activement le contraire dans sa vie personnelle », explique Serena Smith, journaliste britannique instigatrice de ce néologisme, au média Vice. Contraction de « fishing », que l’on peut traduire par harponner et de « woke », qui veut dire « éveillé » et qui a massivement été utilisé dans le cadre du mouvement #Blacklivesmatter, il s’agit donc d’une personne usurpant l’esprit militantisme d’une autre pour la courtiser. Pour résumer, le wokefishing ressemble au « catfishing », terme désignant une personne se faisant passer pour une autre en ligne, mais s’appuie ici plus sur l’intellect.

L’amour au temps du coronavirus, une belle arnaque ?

Alors que le mouvement de va-et-vient des confinements a fait bondir le taux de divorces plutôt que celui des belles unions, les célibataires privés de toute rencontre physique ont plus que jamais montré leur intérêt pour raviver la flamme par écrans interposés. Un sondage IFOP a démontré en ce sens que 31 % des Français étaient inscrits sur un site de rencontre en octobre 2020 contre 26 % en octobre 2018. Mais contrairement à ce qu’on aurait pu croire, c’est l’organe pensant qui a pris le pas sur les belles photos durant cette drôle de période. Moins d’immédiateté et donc plus de temps pour laisser place aux discussions profondes.

Comme l’a révélé un article du New York post, le site de rencontre américain OkCupid affirme en effet que pour les moins de 25 ans, l’intérêt porté aux personnes partageant des idées politiques similaires a augmenté de 165 % quand le côté charnel d’une rencontre serait relayé au second plan, avec une chute de 30 %. Alors pour suivre cet engouement, de plus en plus de « wokefish », personnes adeptes du wokefishing, se sont fait une place entre les flèches virtuelles de Cupidon. « Je me souviens que lors de mon premier rendez-vous avec ce type, nous avons parlé du racisme au Royaume-Uni. Au cours des semaines suivantes, nous avons beaucoup parlé de la diversification du programme scolaire et des problèmes liés à la monarchie. C’était génial ! Mais ensuite, nous sommes passé aux choses sérieuses et, oh là là, ce type s’est avéré être quelqu’un d’autre », explique un jeune Britannique victime de wokesifhing à Vice. Alors assurez-vous que votre prochain crush partage réellement les mêmes convictions que vous !

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