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Depuis que ChatGPT est devenu la béquille des étudiants, l'apprentissage tel qu'on l'a connu semble révolu. Abuser de l'IA générative pour faire ses devoirs peut conduire à une accumulation de la dette cognitive, comme l'a prouvé en 2025 le prestigieux MIT. Lorsque les participants ont utilisé le chatbot d'OpenAI, leur activité cérébrale, notamment les zones liées à l’attention, la planification et la mémoire, a considérablement diminué. Ils ont d’ailleurs eu du mal à se souvenir de ce qu’ils ont rendu quelques minutes seulement après l'évaluation.
Comment rester de bons élèves à l'heure où l'intelligence artificielle challenge notre apprentissage ?
Pour y voir plus clair — et éviter d'avoir les neurones qui se touchent — nous sommes allés à la rencontre de Grégoire Borst, directeur du LaPsyDé, Laboratoire de Psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant à l’Université Paris Cité, CNRS.
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Sa (seule) certitude : il faut connaître son cerveau pour mieux apprendre.
Neuromythes et génétique
Commençons par évacuer, avec lui, quelques neuromythes qui ont fait beaucoup de mal à la crédibilité de la neuro-éducation. Non, écouter Mozart ne rend pas plus intelligent. Non, se toucher le genou avec le coude opposé ne met pas les deux hémisphères en route. Non, le cerveau n’est pas un biceps de la tête. Il ne se muscle pas, il ne grandit pas. Il a pratiquement sa taille définitive quand nous atteignons les cinq ans. Et des sillons apparus avant la naissance donnent déjà une idée de certaines dispositions à l’apprentissage.
"Le projet de la neuro-éducation : comprendre comment chacun peut progresser et peut-être permettre de faire reculer les inégalités devant la performance scolaire qui sont immenses en France"
Au premier abord, les neurosciences douchent l’espoir d’un « tout est possible ». Et rappellent que les gènes « pèsent dans le game ». Mais quand on comprend en profondeur le fonctionnement de chaque cerveau, alors on peut aider, renforcer, surpasser les blocages et c’est « le projet de la neuro-éducation : comprendre comment chacun peut progresser et peut-être permettre de faire reculer les inégalités devant la performance scolaire qui sont immenses en France », détaille Grégoire Borst, chercheur en neurosciences à Paris Descartes. Alors oui, la neuro-éducation peut tous nous transformer en bons élèves, en nous aidant à mieux apprendre.
Souvent, celui qui n’y arrive pas ne sait pas même pourquoi. Et si les professeurs déploient des trésors de patience et d’ingéniosité pour aider leurs élèves à avancer, parfois, quelque chose résiste. Et laisse l’enfant seul dans sa tête, derrière son pupitre.
Désapprendre pour mieux apprendre
En regardant les zones activées lors de chaque exercice et les chemins neuronaux empruntés par les différents écoliers, les chercheurs ont cependant pu identifier un mécanisme de base qui jetait dans le fossé scolaire environ 10% des enfants.
Les technologies aidant, un certain nombre de professeurs et de chercheurs se sont rapprochés pour analyser ce qui se passe dans la tête d’un enfant qui regarde une ligne avec sept amandes espacées et une ligne avec sept amandes rapprochées. La plupart des petits vont en compter sept dans les deux cas, mais certains vont affirmer que la ligne la plus longue compte plus de fruits… Jusqu’à l’âge de sept ou huit ans, l’enfant considère qu’il « y a plus de jetons là où c’est plus long » (rangée la plus écartée), ce qui est une erreur d’intuition perceptive.
"Les écrans, bien utilisés, pourraient améliorer l’apprentissage de ceux qui peinent le plus"
La réussite après l’âge de sept ans consiste à comprendre qu’il y a le « même nombre de jetons dans les deux rangées et traduit le passage du stade perceptif prélogique au stade de la pensée logico mathématique concrète », peut-on lire dans le numéro spécial de la revue Cerveau et Psycho auquel à contribué Grégoire Borst. En clair, il ne faut pas appliquer des règles générales à toutes les situations. Il faut donc désapprendre que plus c’est gros, plus y’en a… pour comprendre qu’un kilo de plomb et de plumes font tous les deux un kilo chacun.
Les chercheurs ont ainsi découvert qu’il fallait inhiber certains mécanismes pour continuer à apprendre, ce qui est difficilement compatible avec le système actuel d'éducation.. Depuis que ce blocage a été découvert, les scientifiques mènent des expériences pour renforcer les mécanismes d’inhibition. Par exemple en demandant aux élèves de cocher le mot vert (alors qu’il est écrit en bleu)… et les résultats lorsqu’on travaille des actions contre-intuitives semblent intéressants selon Grégoire Borst. Avec une amélioration du processus d’apprentissage.
La personnalisation de l’apprentissage par les écrans
Dans ce contexte où les enfants n’ont pas les mêmes blocages, les écrans pourraient jouer un rôle. Car en situation interactive, on peut repérer où sont les difficultés et proposer des solutions plus personnalisées.
« On a tendance à diaboliser les écrans ces derniers temps car on redoute les addictions », regrette Grégoire Borst. « Mais c’est confondre le médium et le contenu. Les écrans, bien utilisés, pourraient améliorer l’apprentissage de ceux qui peinent le plus », assure le chercheur.