Temps de lecture : 4 minutes
Si vous habitez en région parisienne, peut-être avez-vous remarqué dans les transports des énormes affiches publicitaires blanches, avec ce qui semble être un pendentif rond ? Créé par une entreprise nommée Friend, ce collier, en réalité dopé à l’IA, se présente comme un assistant personnel. Cet objet connecté écoute vos conversations, votre environnement, et vous envoie des messages en temps réel sur votre téléphone. Vous pouvez même discuter directement avec… En lieu et place de vos « vrais amis ». Problème majeur : on ne sait pas exactement ce que deviennent les paroles des personnes autour de vous, qui n’ont jamais consenti à être écoutées, enregistrées, analysées par un tel outil.
Comment reconnaître un appel automatique ou un robot d'intelligence artificielle ?
Maintenant que l'on a identifié cet objet, on est en mesure de savoir que l'on parle (indirectement) à l'IA. Dans d'autres cas, ce type d'interactions est plus difficile à détecter. Des appels téléphoniques automatisés plus ou moins frauduleux aux arnaques à l'IA exploitant le deepfake vocal en passant par le démarchage téléphonique agressif et l'analyse de notre comportement en ligne … Les interactions avec des outils d'intelligence artificielle comportent des enjeux tels que le droit à l’information, le consentement, la protection contre l’arnaque et le respect de la vie privée. Que dit la loi ? Réponse avec Lamia El Fath, avocate spécialisée en numérique et propriété intellectuelle.
S'il n’existe pas une obligation de transparence sur l’ensemble des usages, l’utilisateur doit être informé en cas d'interaction directe avec un outil d’intelligence artificielle. Dès lors, on peut distinguer une pratique de l'IA « en coulisse » (profilage, recommandations personnalisées, ciblage publicitaire) d'une pratique de l'IA « ouverte » (chatbot, agent vocal, objet compagnon). Si vous donnez votre consentement (dans le cas du collier précité), ce n'est pas le cas de votre entourage. Informer-les donc, pour préserver leur droit au respect de la vie privée et les alerter sur l'éventuel enregistrement de leurs conversations par l'IA.
Se protéger des IA au quotidien et garder la main, mode d'emploi
Gérer les appels automatisés et interactions douteuses avec une IA
Voici quelques réflexes simples en cas de doute pour savoir si vous interagissez avec une IA :
- poser une question type « Êtes-vous un robot ? », en cas de suspicion d'arnaque téléphonique à l'IA ;
- ne jamais donner d'informations sensibles ;
- raccrocher et rappeler via les canaux officiels ;
- déclarer l’appel suspect (plateformes anti‑fraude, opérateur, etc.).
Retrouvez tous nos conseils pour éviter les arnaques téléphoniques sur Orange Cybersecure.
En tant que client Orange, vous pouvez également activer le filtre anti-spam appels sur votre mobile avec l’application Orange et Moi ou My Sosh. A chaque appel, l’anti-spam vous indique s’il s’agit d’un appel malveillant ou de démarchage grâce aux signalements de la communauté. Vous pouvez ensuite décider de bloquer ces numéros.
Paramétrer ses services en ligne pour limiter la surveillance par l'IA
D'autres moyens permettent de limiter les interactions non consenties avec l'IA :
- vérifier les paramètres de confidentialité (gestion des cookies, traçage en ligne, partage de données) ;
- limiter la personnalisation publicitaire pour réduire le profilage par l'IA ;
- lire les bandeaux d’information (« cet échange est enregistré/analyse IA », « ce service client utilise un agent virtuel », etc.).
De manière générale, gardez le réflexe de chercher les mentions d’information et mentions légales sur l'IA, souvent présentes mais peu lues, elles sont au cœur de la transparence IA.
Questions fréquentes
Plusieurs signaux peuvent vous alerter : une voix très monotone, un temps de latence inhabituel avant chaque réponse, l'impossibilité de répondre à des questions simples hors script, ou le refus de s'identifier clairement. En cas de doute, demandez explicitement si votre interlocuteur est un robot ou un agent virtuel et raccrochez pour rappeler via un numéro officiel.
Certaines utilisations « discrètes » (recommandations, statistiques, optimisation de services) sont légales, sous réserve de respecter le RGPD et la protection de vos données. En revanche, lorsqu'il y a interaction directe avec un système d'IA — chatbot, agent vocal, objet connecté intégrant une intelligence artificielle générative —, une obligation d'information s'applique et vous devez être clairement averti que vous échangez avec une IA.
Si vous avez communiqué des informations sensibles, contactez immédiatement votre banque ou l'organisme concerné pour faire opposition ou signaler une fraude potentielle. Même si vous n'avez rien divulgué, conservez les preuves (captures d'écran, numéro appelé, date et heure) et signalez l'arnaque sur les plateformes dédiées (service anti-fraude, signalement de spam, autorités compétentes).
Commencez par vérifier régulièrement les réglages de confidentialité sur vos comptes (réseaux sociaux, services de streaming, comptes en ligne) et limitez la personnalisation publicitaire lorsque c'est possible. Refusez les cookies non indispensables, lisez les bandeaux d'information sur l'enregistrement ou l'analyse des échanges et, si un outil d'IA ne vous paraît pas nécessaire, désactivez-le ou choisissez une alternative plus respectueuse de vos données.