Une école 2.0 pour lutter contre le décrochage scolaire

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Le digital pour plus d'inclusion : c'est l'un des axes explorés par des chercheurs et enseignants pour enrayer le décrochage. À l'occasion de la 13e Journée du refus de l’échec scolaire, on dépoussière les bancs de l'école avec une approche connectée.

Photo by Windows on Unsplash
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Dans la 3e D du collège Jules Ferry, vous portiez peut-être des lunettes de premier “d’la classe”. Ou bien vous étiez du genre à vous cacher au fond de la salle de techno. Vous adoriez ce prof de maths qui vous inondait de casse-têtes quand vos copains fans de coloriage s’imaginaient déjà en Picasso… S’il y a une école républicaine, il existe une multitude d’élèves aux envies et histoires bien à eux. Certains suivent un parcours estudiantin tout tracé, d’autres dévient parfois et « décrochent ».

En France, on estime qu’environ 80 000 jeunes étaient en rupture avec l’école en 2019, selon le ministère de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports. un chiffre qui pourrait augmenter avec la pandémie. Le décrochage scolaire coûterait 30 milliards d’euros par an à l’Éducation nationale – la moitié de son budget ! Sans compter que parmi ces jeunes, le taux de chômage atteindrait 50%, contre 11% pour les diplômés de l’enseignement supérieur. 

Ce phénomène est une préoccupation nationale depuis 2013. Consciente du défi, l’AFEV organise sa 13e Journée du refus de l’échec scolaire. Prévue le 23 septembre, cette nouvelle édition aura pour thème le « raccrochage ». Au programme : sensibiliser, mettre en lumière les initiatives de soutien ou d’inclusion, comme les écoles alternatives qui permettent de reprendre ses études.

Qui sont les « décrocheurs » ?

Santé, problèmes financiers ou familiaux, histoires de cœur, rythme d’apprentissage différent, questions de genre, décalage entre la perception et la réalité d’une filière… Les facteurs de décrochage sont pluriels, peuvent se cumuler, et varient suivant l’âge de l’enfant. Par exemple, le motif de la – mauvaise – orientation touche davantage les 16-25 ans. 

Tout le monde ne s’entend pas sur le terme décrocheur. « L’Éducation nationale considère qu’il s’agit d’un élève qu’elle ne trouve plus dans les bases de données et qui se trouve donc ‘sorti sans diplôme’, » explique Muriel Epstein, enseignante-chercheuse au laboratoire EMA, de l’Université CY Cergy Paris. Et de poursuivre : « Pour la police ou la CAF, si vous restez dans l’établissement, même sans aller en cours, vous n’êtes pas sortis du système. » Certains parents pensent que leurs enfants décrochent quand ils collectionnent les mauvaises notes. Muriel Epstein parle quant à elle de phénomène social : « On décroche d’un groupe où l’on se sent mal. »

2020, une année record pour le décrochage scolaire ?

Pour l’AFEV, la pandémie est synonyme de crise éducative. « Le confinement et la suspension de l’école pendant 3 mois ont entraîné une accélération du décrochage. Les effets de cette potentielle ‘catastrophe éducative’, pour reprendre les termes du ministre de l’Éducation nationale, vont se mesurer à court et à moyen terme. » Aujourd’hui, l’État a comptabilisé 500 000 élèves concernés pendant la fermeture des établissements. Mais ce chiffre est peu fiable pour l’Unesco qui indique que les taux réels ne seront pas disponibles avant 2022.

Une nouvelle définition a ainsi vu le jour. « Les familles qui n’ont pas eu accès à un ordinateur et dont les enfants n’ont pas ou peu eu de contact avec l’école depuis mars sont considérés comme décrocheurs, » précise Muriel Epstein. Matériel absent ou insuffisant, problèmes de connexion, environnement défavorable… Les élèves n’ont pas été égaux face au confinement, ce à quoi les régions essaient de répondre avec la distribution d’équipements et la création de plateformes telles que Monlycée.net. Néanmoins, même sans matériel, « certains d’entre eux ont appris, » ajoute-t-elle. Et tous n’ont pas décroché du groupe, se retrouvant sur les réseaux sociaux, cette grande cour de récré en ligne.

« De baba cool à innovants »

Derrière l’actualité, c’est l’enseignement traditionnel dans sa globalité que d’aucuns souhaiteraient repenser. Les approches pédagogiques de Célestin Freinet ou Maria Montessori conceptualisées au XXe, pour l’une centrée sur l’autonomie et la libre expression, pour l’autre sur la construction du savoir par le jeu, sont de plus en plus populaires. 

Dans leur sillage, les outils digitaux « peuvent faciliter l’apprentissage de manière générale et en particulier face à certains troubles, » témoigne Hélène Ribeiro, co-fondatrice d’EDEN School, une école de coding pour les moins de 18 ans. « Leur usage, s’il est bien accompagné, peut constituer un vrai vecteur d’éducation. Il ne s’agit pas juste d’équiper une classe de tablettes ! » Le numérique, qui fait partie intégrante du quotidien des millennials, est un levier de transformation sociale et permet par exemple de travailler de manière collaborative. « En 20 ans, les professeurs utilisant ces outils à des fins pédagogiques sont passés de baba cool à innovants, » s’amuse Muriel Epstein. 

Pas de digital sans humain

Des écoles montent des projets entiers autour du numérique. C’est le cas du Collège Jean-Macé (94) avec son Espace CréationS. Grâce au digital, il offre des lieux d’expression et d’acquisition de compétences aux élèves, notamment ceux qui ne maîtrisent pas la langue à l’écrit. Sur la Toile, on trouve aussi de jolies initiatives comme Tell your story. Ce site européen « vise à prévenir le décrochage scolaire à travers l’utilisation du storytelling ». Ici, les enfants partagent des histoires géolocalisées sur une carte. 

Mais le numérique ne suffit pas. « L’enseignement humain constitue le pilier de tout apprentissage. » C’est la philosophie que sous-tend la formation délivrée par l’équipe d’EDEN School. Certains de leurs ateliers sont d’ailleurs consacrés à la communication non violente, la confiance en soi, les codes du monde du travail… « Notre objectif est de faire grandir ces jeunes, de leur permettre de construire un projet d’avenir en reprenant confiance dans leurs compétences, en apprenant à dépasser leurs difficultés, à s’orienter et se former tout au long de leur vie. »