Ecole à distance, télétravail, télémédecine, e-commerce : le grand bond digital va-t-il durer ?

#restonsconnectes Vie perso

Partout, les usages ont été profondément modifiés durant le confinement. Et maintenant que le virus semble reculer, que l'on reprend doucement une vie quotidienne plus normale, que restera-t-il de ce grand bond digital ? Phénomène éphémère ? Nouveau rapport à la technologie ? Habitudes qui vont durer ?

Du jour au lendemain, tout est devenu digital. Confinés, tenus de rester distanciés, nous avons du passer au tout clavier pour résoudre les actes de la vie quotidienne. Une incroyable révolution des usages, certes contrainte, s’est déroulée, bousculant les résistances, les prévisions pour plonger parents, enfants, seniors, entreprises, salariés, professeurs, commerçants, médecins, avocats, chanteurs et même religieux…dans l’usage intensif des outils numériques. La transformation numérique a été vertigineuse. 

Et si les structures ont tenté d’accompagner ce passage rapide et massif au numérique, le changement a été porté par chacun d’entre nous. A son niveau, chacun s’est lancé. Facilement pour ceux qui baignaient déjà dans la vie connectée, plus laborieusement pour les autres, mais partout, les usages ont été profondément modifiés…le temps du confinement.

Et maintenant que le virus semble reculer, que l’on reprend doucement une vie quotidienne plus normale, que restera-t-il de ce grand bond digital ? Phénomène éphémère ? Nouveau rapport à la technologie ? Habitudes qui vont durer ?

Nous avons demandé à des penseurs des spécialistes, de nous livrer leur analyse.

 

Enseignement à distance : « Des barrières psychologiques sont tombées… »

Le 16 mars, 12 millions d’élèves se sont retrouvés hors les murs de l’école. Cela n’était jamais arrivé. Et après les débuts laborieux, avec les serveurs de l’Education nationale saturés, les cours à distance ont démarré.

Faire classe sans être en classe. Une situation totalement inédite. Un défi pour les enseignants. ENT (Espace numérique de travail), classes virtuelles, chats, Padlet, blog, vidéos, documents PDF interactifs, les outils numériques se sont retrouvés au cœur des moyens à leur disposition pour y parvenir.

Certains enseignants se sont déployés en ligne pour accompagner le confinement comme Marie Solène Letoqueux qui a lancé sa chaine Youtube La maîtresse part en Live. 

 

D’autres se sont mis sur des plateformes de visioconférences, notamment celles proposées par les géants du net, car ces outils développés dans la Silicon Valley souvent se sont révélés d’usage facile. En ordre dispersé, la communauté enseignante a investi le numérique. Pour le ministre Jean-Michel Blanquer, cela a permis d’assurer l’enseignement, même si quelque 10% des élèves ont décroché. Et notamment, les plus précaires, souvent pris dans la fracture numérique.

Lire notre enquête sur ce premier mois de confinement et le grand bond digital de l’Education nationale

 

L’école va-t-elle devenir plus numérique ?

« L’utilisation des outils de base du numérique a fait tomber des barrières psychologiques importantes, chez les enseignants et chez les parents qui ont réalisé que leurs enfants pouvaient faire des choses vraiment intéressantes, pédagogiques sur leurs ordinateurs. Donc ça ouvre un nouvel horizon » selon Marie-Christine Levet, qui dirige un fonds d’investissement spécialisé dans le futur de l’éducation, baptisé EduCapital. « Mais la version un peu basique de la classe virtuelle que l’on a vécu a ses limites. On a utilisé 10% des possibilités du numérique. Et dans un contexte chaotique, avec des grandes inégalités d’accès au numérique, l’expérience s’est souvent révélée frustrante » estime la spécialiste de la nouvelle éducation.

Selon elle, le confinement a transformé l’état d’esprit dans l’Education nationale. Ouvrant la porte à l’utilisation de nouveaux outils pour aider le professeur dans sa mission, « pas pour le remplacer ». Elle croit au contraire au libre choix de l’enseignant pour faire progresser ses élèves en utilisant la puissance que peut donner le digital pour individualiser les exercices, les calibrer en fonction de ce qui est acquis ou pas.

Elle donne en exemple, les applications pour apprendre les langues, qui font répéter, dans les bonnes séquences, ce qui favorise la mémorisation. Ou encore la possibilité d’apprendre de façon immersive comme avec Lapster, où l’on fait soit même des expériences scientifiques…Sans parler de la nécessité de gamifier les cours. Car dans le jeu, on ne perd jamais. Il y a toujours une façon de remonter la pente, de repartir, c’est à dire d’apprendre. Et cette pédagogie permet, là où elle appliquée de limiter le décrochage scolaire et même..

Mais, ces développements coûtent extrêmement cher. « Seule la Chine qui a investi massivement dans l’edtech ( l’education aidée par la technologie) était prête pour le confinement et les élèves ont connu là-bas, une vraie continuité pédagogique ».

 

Dans l’entreprise le télétravail accélère les nouvelles pratiques managériales 

Nous avons assisté à ce qu’une décennie d’évolution en douceur n’avait pas réussi à faire. Avec le passage de près de 40% des salariés en télétravail du jour au lendemain. Si la situation actuelle a pour mérite de faire connaître à tous ce qu’est le télétravail et à l’imposer au sein d’organisations jusque-là réfractaires, les choses ne sont pas si simples. « Pour que les mentalités changent durablement et que l’entreprise de demain se réinvente profondément, l’expérience du télétravail doit être réussie » , souligne Florian Meffre co-fondateur de Gryzzly, startup qui incite depuis sa création ses collaborateurs à travailler de chez eux au moins un jour par semaine

Et la digitalisation des entreprises ne se résume pas à l’usage des outils numériques par les salariés, rappelle Gilles Babinet, conseiller sur les questions digitales à l’Institut Montaigne. « C’est une mutation beaucoup plus profonde qui n’a pas vraiment commencé », estime l’ancien champion digital de la France auprès de l’UE. « La transformation digitale implique de passer d’une logique de production, (de Business Unit) à une logique clients, où toutes les données sont rassemblées, puis exploitées par les différentes unités…Où la data est centrale, partagée et vient alimenter tous les services, sans silos…

La sociabilité connectée et la gamification de la vie

 Avec le confinement, on est passé de la vie sur les réseaux sociaux à la vie en réseau. Les plateformes sont partie intégrantes de notre sociabilité. On y vit en famille, on s’y fait des amis, on s’y rencontre et l’on s’y quitte aussi…Tout cela existait déjà mais la distanciation sociale l’a accéléré et démocratisé parmi toutes les tranches d’âge ou presque. 

Le rapport du Digital Report 2020 montre que dans les pays étudiés, plus des trois quarts des internautes (76 %) âgés de 16 à 64 ans déclarent avoir passé plus de temps à utiliser leur smartphone au cours des dernières semaines qu’avant la période de confinement.

Près de la moitié des internautes interrogés (47 %) déclarent passer plus de temps à utiliser les réseaux sociaux de manière générale. Cette hausse a été plus prononcée chez les jeunes, mais un tiers des internautes âgés de 45 à 64 ans ont également déclaré à GlobalWebIndex qu’ils passaient plus de temps à utiliser les réseaux sociaux pendant le confinement.

Le temps passé sur Snapchat et TikTok a considérablement évolué au cours de ces dernières semaines, au même titre que Reddit, qui a également signalé une augmentation de 20 à 50 % de sa fréquentation (source App Annie). Sans parler des jeux vidéos qui ont littéralement explosé, pour devenir parfois, un lieu de transposition des évènements de la vraie vie stoppés par le covid. On a célébré des mariages dans Animal Crossing, on a bâti des répliques d’université et célébré des remises de diplôme dans Minecraft

 

Le monde devient E : commerce, médecine, culture…

Près de la moitié des internautes interrogés par le GlobalWebIndex début avril ont déclaré qu’ils passaient plus de temps à faire des achats en ligne ces dernières semaines, mais il existe des différences intéressantes entre les comportements des différents sexes et groupes d’âge.

Plus de la moitié des internautes de 25 à 44 ans dans les 17 pays couverts par l’enquête déclarent avoir passé  plus de temps à faire des achats en ligne ces dernières semaines, les hommes en particulier.

On a observé un boom de la télémédecine inédit. Et la culture a tenté, dans le chaos, d’inventer de nouvelles formes de partage, de spectacles…qui nous ont fait vibrer pendant ces mois enfermés. En ayant fait entrer le musée dans de nombreux foyers, avec le magnifique défi pour reconstituer des tableaux célèbres avec les moyens du bord ou encore les vidéos, de coulisses de l’Opéra de Paris, qui ont sorti la danse classique de son écrin, pour la faire vibrer dans des lucarnes, sur les ordinateurs et téléphones dans toute la France…Toutes ces créations, n’ôtent rien à l’infini plaisir d’être ensemble au spectacle ou de voir une exposition, mais annoncent la transformation de l’expérience culturelle.