Et si votre prochain amour de vacances était une… intelligence artificielle ?

Vie perso

Plus d'un quart des jeunes hommes français souhaitent passer leurs vacances d'été avec une Intelligence Artificielle... Explications.

Photo by Víctor Vázquez on Unsplash
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« Pour un flirt avec toi, je ferais n’importe quoi… », chantait gaiement le regretté Michel Delpech. Un tube léger et entêtant qui lui permit de trôner fièrement en tête du hit-parade hexagonal pendant tout l’été 1971. Gageons qu’à cette époque, le chanteur n’avait pas forcément imaginé que, de nos jours, plus d’un quart des jeunes hommes français déclarent souhaiter vivre leurs amourettes de vacances avec une… intelligence artificielle.

Et pour cause, selon un sondage dévoilé lors d’une conférence en juin dernier par 20 minutes dans le cadre de leur programme d’étude sociologique #MoiJeune et mené par l’institut français Opinion Way : « 26% des jeunes hommes seraient carrément partants pour passer 2-3 semaines avec un.e partenaire idéal.e créé.e par la tech (IA, impression 3D…) ». Une enquête exclusive menée sur un bassin de jeunes personnes âgées de 18 à 30 ans. Ce chiffre, pour beaucoup considéré comme choquant, tombe à 17% lorsque les sondées sont de jeunes femmes. « Les hommes sont culturellement plus assertifs. Ils osent plus facilement déclarer “vouloir” que les femmes. Leurs profils sont également historiquement plus technophiles », analyse Eléonore Quarré, Directrice d’études au département “Opinions et Politiques” d’Opinion Way.

 

« Le geek, c’est freak » ?

 

Sommes-nous donc en train de tomber dans une virtualisation inéluctable des rapports amoureux, façon Her, la dystopie cinématographique signée Spike Jonze qui mettait en scène un Joaquin Phoenix tombant amoureux de son assistante vocale générée par une intelligence artificielle ? « Nous avons affaire à une génération houellebecquienne qui vit dans une marchandisation de la rencontre, comme l’atteste le succès d’une application comme Tinder », commente Nathalie Desaix, Directrice Marketing et Communication chez 20 minutes. Une analyse corroborée par Eléonore Quarré : « La technologie fait de plus en plus partie intégrante de la vie des jeunes générations, il peut donc parfois y avoir un petit côté Black Mirror, la série d’anticipation à succès, lorsque l’on aborde ce sujet sous l’angle de la rencontre amoureuse.

 

Couple robots
Photo par Alex Iby

 

À l’origine, la première intelligence artificielle était une…

 

Des chiffres édifiants, certes, que tempère tout de même Albert Moukheiber, éminent Docteur en neurosciences et psychologue : « Ce résultat n’est pas forcément effarant. Il faut prendre en compte l’aspect déclaratif qui diffère du réel passage à l’acte chez les personnes interrogées. Il y a cependant un réel attrait pour l’aventure, l’idée de tenter quelque chose de nouveau. C’est comme lorsque l’on interrogeait les gens sur leur désir d’aller sur Mars. Il y a une différence entre l’envie et le passage à l’acte si l’occasion se présente réellement. »

Et le scientifique, auteur du livre référent sur les biais cognitifs Votre cerveau vous joue des tours en 2019, d’ajouter : « Jusqu’alors, la technologie n’est pas encore assez mûre pour réellement pouvoir entretenir une relation conversationnelle riche avec une IA. En revanche, je pense qu’il y a un vrai besoin pour ces jeunes personnes d’être avec quelqu’un qui ne les juge pas et de lutter contre une certaine isolation sociale. N’oublions pas que “ELIZA”, la première intelligence artificielle, développée entre 1964 et 1966, était une… psy, donc quelqu’un qui nous écoute ! ». CQFD.

 

Nouveaux usages digitaux : Tout le monde en parle

 

Cet attrait pour les flirts d’été avec la Tech’ dépasse bien évidemment le simple cadre national. Au Royaume-Uni, une étude similaire, publiée par The Guardian, indique que 14% des sujets masculins de sa Majesté ont eu, pendant le confinement, un crush pour “Alexa”, l’enceinte connectée d’Amazon. Mais Albert Moukheiber d’y apporter une touche de sagesse et un éclairage rassurant : « Les amateurs de science-fiction peuvent déclarer leur envie d’entreprendre une relation épistolaire avec une IA mais nous ne sommes pas encore au niveau du Japon où là-bas, les individus peuvent vraiment se marier avec des objets, comme une chaise par exemple… Ne tombons pas dans la surinterprétation ! » Des compagnies nippones délivrent en effet de vrais “ faux certificats” pour se marier à des hologrammes par exemple.

Bonne nouvelle donc, si ce fantasme de geek vous effraie quelque peu, tout semble indiquer que la nature intrinsèque de ce sujet n’a finalement rien de vraiment pathologique… pour l’instant.