Comment les réseaux sociaux luttent contre les fake news ?

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“Le Covid-19 a été créé en laboratoire” ou “Retenir sa respiration permet de savoir si l’on est infecté” sont des intox que vous avez pu voir passer cette année sur vos réseaux sociaux. Pour protéger leurs utilisateurs, les plateformes ont mis en place des mesures pour lutter contre ces fausses informations.

Markus Winkler by Unsplash
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On ne rigole plus avec les fake news. Donald Trump himself a vu l’un de ces tweets masqué récemment. Et pour cause, Donald Trump y affirmait – entre autres – que la grippe est plus mortelle que le coronavirus. Ni une, ni deux, Twitter, Facebook et YouTube ont rapidement réagi. Twitter a décidé de laisser ce tweet accessible, mais d’indiquer que son contenu allait à l’encontre de la politique de la plateforme. Facebook et YouTube ont directement supprimé le post. Et bim ! 

 

La fake news (anciennement appelée “intox”), ou “infox” – ce terme est entré dans le dictionnaire en 2018 – est une information mensongère conçue délibérément pour tromper et induire en erreur ses lecteurs. Ces infox donc, cherchent à tirer un avantage d’ordre politique, financier ou idéologique. Aujourd’hui, avec la viralité d’Internet, les infox pullulent sur les réseaux sociaux. Face à ce phénomène, les géants de la Silicon Valley tentent de pallier au problème, avec créativité, mais aussi avec difficulté.

 

 

Chéri·e, y’a quoi ce soir sur les réseaux ?

 

Selon le « Digital News Report” de Reuters Institute for the Study of Journalism, Internet est aujourd’hui le support le plus populaire pour regarder les infos. Certains ont troqué leur bon vieux journal papier pour parcourir depuis le web leurs quotidiens préférés. Mais, toujours d’après le Digital News Report 2020, la majorité des internautes utilise les réseaux sociaux comme source d’information. Dans le même temps, ces mêmes réseaux sont fréquemment accusés de participer à cette propagation de fake news. Selon une étude du MIT, les infox se propagent beaucoup plus vite que les infos sur Twitter. En 2019, 45,5 millions de tweets ont partagé ou commenté une infox, ce qui correspond à une augmentation de 10 millions de tweets par rapport à 2018.

 

Vers une tendance au fact-checking ?

 

La méfiance à l’égard des médias traditionnels a pris de l’ampleur depuis quelques années. Alexis Orsini est journaliste à 20minutes au sein de la rubrique « Fake Off », en partenariat avec Facebook. Cette rubrique vise à identifier, analyser et traiter les rumeurs qui courent sur les réseaux sociaux. Selon le spécialiste de l’intox, la remise en question du discours du gouvernement ou des médias est très fréquente sur les réseaux sociaux. Pour autant, toujours selon le spécialiste, « au fil des mois, des internautes ont commencé à aller voir eux-même des articles de fact-checking et à développer des réflexes de vérification, par exemple, en indiquant en commentaire qu’une légende d’un article ne correspondait pas forcément à la photo de celui-ci ». Au point parfois d’utiliser avec finesse des outils de vérification et de se transformer en véritable Sherlock. En parallèle d’actions individuelles, les géants du web mettent eux aussi en place des outils de vérification pour contrer les articles mensongers. 

 

fact-checking homme

 

Réseaux sociaux : cure de désinfox 

 

Entre la crise du coronavirus et les campagnes présidentielles aux Etats-Unis, cette année, les fake news passent quotidiennement sur nos réseaux sociaux. Sont-ils les grands méchants pour autant ? Pas pour Alexis Orsini : “Si les réseaux sociaux prennent bien conscience de leur rôle de diffusion, il est compliqué pour ces plateformes de jouer un rôle de régulateur ou de vérificateur de l’info en raison de leur principe de neutralité.” Du fait de leur effet amplificateur, les réseaux sociaux ont contribué, malgré eux, à la propagation de cette désinformation, mais ils peuvent encore inverser la tendance et devenir un outil pour combattre ces fausses informations.

 

Facebook attaque…

Collaborations avec les médias, algorithmes pour détecter les intox ou suppressions de contenu, face à l’épidémie de fake news, chaque réseau tente de trouver sa solution. Côté Facebook, la plateforme a développé plus d’une cinquantaine de partenariats avec des rédactions telles que Libération, l’AFP ou encore 20 Minutes pour vérifier les contenus présents sur sa propre plateforme. Une fake news est détectée par l’un des médias partenaires ? Hop, une fois l’infox traitée, Facebook utilise un algorithme pour prévenir les utilisateurs. Un avertissement apparaît alors en haut du fil d’actualité avec un lien vers l’article traité par une des rédac. D’autres algorithmes permettent de pointer une image reprise par différents comptes et de la faire remonter aux rédactions partenaires pour analyse. Pour contenir la viralité de ces infox, Facebook a aussi réduit le partage d’une publication à 5 personnes à la fois.

 

… Twitter contre-attaque

Chez Twitter, on a également pris de nouvelles mesures : de la labellisation de tweets estampillés “fausse information” à la suppression de certains tweets. Les tweets qui font circuler de fausses infos sur le coronavirus contiennent des messages d’alerte pour informer les “tweetos” et les infox en images sont masquées par un fond gris. Autre nouveauté qui verra bientôt le jour, Birdwatch, fonctionnalité permettant la recontextualisation des tweets directement par les utilisateurs. Vous repérez une infox ? Pour la signaler rien de plus simple : vous envoyez une note en expliquant en quoi ce tweet devrait être supprimé.

 

Le réveil de YouTube

Le célèbre site d’hébergement de vidéos a mis en places plusieurs mesures depuis le début de la crise sanitaire. Lorsque vous tapez “Coronavirus” ou  “Covid-19” dans la barre de recherche de YouTube, des liens vers le site du gouvernement ou celui de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) apparaissent en haut de page. Pour tenter de contrer une déferlante de fake news pendant l’élection présidentielle américaine, des panneaux de fact-checking mettent en avant des articles vérifiés par des médias tels que The Washington Post par exemple, adhérent de l’International Fact-Checking Network (IFCN), ce qui les référence comme une source de confiance sur YouTube. Pas de suppression de vidéos autour des fakes news à l’exception de celles liant 5g et coronavirus. Pour les chaînes complotistes de la 5g ou des vaccins en règle générale, ça ne sera plus possible de faire monétiser les vidéos. 

 

Youtube
Kon Karampelas by Unsplash

 

Des efforts suffisants ?

 

Les efforts pour contrer les fake news commencent à payer. Pour preuve, selon un mémo interne de Facebook dont le The New York Times a pris connaissance, les utilisateurs intéressés par la crise sanitaire s’informent de plus en plus sur des sites jugés “fiables” par la plateforme. Deux possibilités : les internautes choisissent eux-mêmes de visiter des sites d’info traditionnels comme le New York Times ; soit Facebook et fait remonter les sources officielles dans le fil d’actualité. Bonne nouvelle, même si ça ne vous empêche pas de rester vigilant·es.

 

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