Comment devenir game designer, ce job qui crée les univers des jeux vidéos ?

Publié le : 06-10-2020

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Métiers du web - Après gamer, hacker éthique ou créateur de playlist, c’est maintenant au tour du métier de scénariste de jeux vidéo. Aussi appelé game designer, ce métier est méconnu même s’il peut rapporter gros. Mais pas sans effort, et surtout pas sans – beaucoup – de travail.

« Pour faire du jeu vidéo, la règle fondamentale, c’est de vivre des aventures. » Affiche de Star Wars épinglée au mur, T-shirt à extraterrestres et barbe fournie, nous sommes chez Fibre Tigre. Enfin… sur Skype, Covid-19 oblige. Devant son micro il est aussi podcasteur ce pro du scénar est intarissable lorsque l’on aborde la question du « design narratif ». Un mot mi-anglais, mi-compliqué pour définir la discipline de ceux qui créent des univers de fiction. En romancier 2.0, un scénariste de jeu vidéo crée des personnages, noue des intrigues et les plante dans une époque et dans un paysage. Après plusieurs essais, Fibre Tigre a créé Out There, un jeu d’aventure pour smartphone et Android téléchargé 800.000 fois. Un gros succès.

« Maintenant je fais ce que je veux »

Rien ne prédestinait le Varois à devenir le roi du jeu vidéo. Fibre Tigre vit son enfance et adolescence à Toulon. Bon élève, il enchaîne classe prépa et école d’ingénieur à Paris, à l’ESTP, « L’Ecole des Grands Projets ». « Ca ne m’a pas passionné », résume sobrement le scénariste, qui y a appris, entre autres, à « très bien calculer des poutres ». Puis, après une création de boîte (ou « deux ou trois », d’après une interview réalisée à SciencesPo en 2016), l’auteur fait sa crise de la quarantaine à 32 ans. « J’ai dit : non, maintenant je fais ce que je veux, et je veux faire des trucs cool. » Alors, l’auteur se tourne vers les livres « dont vous êtes le héros ». Dans ces fictions où le lecteur choisit l’histoire, l’auteur exerce déjà son métier de narrateur. Et les options à choix multiples de ses bouquins sont les prémices des scénarios de jeux vidéo qu’il construira plus tard. C’est là qu’il trouve son pseudo « Fibre Tigre », selon lui pour « être mieux référencé par Google », mais aussi pour laisser son ancienne vie derrière et entamer un nouveau chapitre. 

C’était un milieu expérimental, très intéressant. 

En 2013, il s’associe et crée Out There, un jeu qui va rencontrer un succès fulgurant. « On a fait ça en un an, sans budget ». Sans budget, mais pas sans idées. Les associés vont adopter une stratégie de communication peu répandue à l’époque, mais payante : pendant deux mois, ils vont diffuser trois « trailers » (l’équivalent des pubs au ciné, pour donner envie de regarder un film), et se rapprocher de ceux qui deviendront les prescripteurs principaux des jeux vidéos : les youtubers. Bingo, le succès est immédiat. « C’est un milieu où l’on peut gagner de l’argent. Car quand ça marche, ça marche très bien. Et si l’on travaille à son compte, on peut prendre un pourcentage sur la vente de chaque jeu. Mais attention, aujourd’hui environ 1 200 jeux sortent chaque jour. Et malheureusement, dans le tas, beaucoup ne seront jamais joués. » 

Civilisation mésopotamienne, fan fictions et kilométrage

Alors, comment sortir du lot ? Pour Fibre Tigre, pas de secret. Pour être bon, il faut « avoir joué à beaucoup, beaucoup, beaucoup de jeux vidéo. Moi, par exemple, j’ai joué à des jeux de pêche, de joutes, de jockey, des jeux de bateaux, des trucs très ennuyeux, d’autres pas. Il faut se créer une bibliothèque de jeux dans sa tête, un peu comme aux échecs. » L’enjeu ? Etre rapide, et savoir appliquer très rapidement les recettes qui marchent pour être meilleur que le millier de jeux qui sort chaque jour. Autre qualité : la culture générale. « Si vous êtes spécialisé en opéra ou civilisation mésopotamienne, c’est très intéressant. Parce que toutes les personnes qui aiment les jeux vidéo aiment Star Wars et Marvel. Ok super ! Il n’y a rien de plus triste quand un chef de prod me dit : « Tiens, on n’a qu’à faire pareil. Moi, j’ai pas envie de faire comme les autres. » Et enfin : écrire, écrire, et encore écrire. « Si vous avez envie d’écrire et que vous voulez en vivre, il faut écrire tout le temps, dès le plus jeune âge. Des fans fictions quand vous aviez douze ans… le kilométrage, ça compte ! »

« On est comme au temps de Méliès »

Et côté formation ? « Je pense que les meilleures écoles de jeux sont les écoles dans lesquelles tu n’as pas de cours académiques, mais où on te dit “faites des jeux, faites des jeux, faites des jeux”. Par exemple, je me considère comme quelqu’un de compétent dans le domaine. Pour autant, je pense que tout mon savoir théorique tient en 6 heures de cours (disponibles en podcast). » Le spécialiste compare le jeu vidéo au cinéma : « On est comme au temps de Méliès en 1920, où on n’allait pas dans une école de cinéma faire du cinéma, mais on achetait du matériel et on filmait ! »  

Aujourd’hui, Fibre Tigre a raccroché du jeu vidéo, « pour laisser la place aux jeunes qui ont des choses à dire ». Il anime cependant toujours des jeux de rôles, et travaille pour Arte et Le Figaro et distille quotidiennement ses pensées sur Twitter où le suivent 48,5k d’abonnés.