Boom de la télémédecine : nos conseils pour continuer à bien se soigner

Publié le : 15-04-2020

#pratiquesnumeriques Santé

Après avoir été piétinée pendant des années, la téléconsultation a décollé avec la crise du Covid-19. Adoptée par des centaines de milliers de Français, il y a fort à parier qu’elle restera dans le paysage post confinement. Attention cependant, alertent les généralistes, à ne pas négliger de graves problèmes de santé, juste parce que ce n’est pas le Corona.

Photo by National Cancer Institute on Unsplash
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« Je rentrais de voyage en Tunisie juste avant le confinement. J’ai commencé à tousser. J’avais été dans les aéroports, je voulais être sûre que ce n’était pas le Covid-19. Surtout que je suis asthmatique… », explique Claire. Alors ni une ni deux, cette parisienne de 32 ans a pris un rendez-vous virtuel avec son médecin traitant sur Doctolib. Coup de chance pour cette commerciale, ce n’était qu’un rhume. Avant l’épidémie, elle se serait déplacée au cabinet de son généraliste. Mais comme des centaines de milliers de Français, très exactement 600.000 en mars, elle a préféré téléconsulter en période d’épidémie.

On observe un véritable boom de la téléconsultation. Comme si toutes les réticences qui autrefois entravaient le développement de ces consultations à distance avaient disparu avec le confinement et la prise en charge par la sécu de 100% des frais (prévue par décret durant la crise). Avant, il faut dire que téléconsulter relevait d’un parcours complexe. Il fallait avoir eu un contact avec le médecin dans les 12 mois précédant la télé consultation pour être remboursé à 70%. Outre son coût, la téléconsultation souffrait aussi de la barrière psychologique : « Est-ce vraiment efficace ? Le médecin peut-il tout voir ? ».

Des freins qui ne sont aujourd’hui pas tout à fait levés, mais comme le dit Frédéric Zbar, généraliste à Cormeilles-en-Parisis, dans le Val d’Oise, Interrogé par Le Point : « Depuis le début de cette crise, on fait un peu de la médecine de catastrophe, donc ces outils sont totalement adaptés à mon sens, car la télémédecine permet de répondre aussi aux grandes inquiétudes chez certains patients. » A la guerre, comme à la guerre, donc.

 

« Il n’y a pas que le Covid-19 dans la vie ! »

Que faire en cas de doute ? Je reste vigilant ? Je programme une téléconsultation ? J’appelle le 15 ? Comme Claire, il ne faut pas hésiter à téléconsulter dès les premiers symptômes du coronavirus, même si c’est pour se rassurer. « Les gens somatisent et c’est normal, vu le climat », explique le Docteur Brugnaux depuis son cabinet du 18e arrondissement de Paris. Dans un premier temps, si l’on sent que l’on a un peu de fièvre, une légère toux ou tout autre symptôme, on se rend sur le site maladiecoronavirus.fr développé par l’Institut Pasteur et les Hôpitaux de Paris (APHP). Validé par le ministère des Solidarités et de la Santé, un questionnaire de 22 questions oriente vers la meilleure des solutions.

« L’immense majorité de l’activité est liée au coronavirus », explique le Docteur Florent, généraliste à côté d’Aix-en-Provence. Depuis le début du confinement, « Docteur Flo » est passé à 99% de consultations virtuelles. « Et pourtant, vous interrogez quelqu’un qui était contre ! » S’il n’était pas pour les visites virtuelles, il distille pourtant ses bons conseils sur son compte Instagram depuis bientôt deux ans.

 

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Il reconnaît l’utilité de la téléconsultation, mais est loin d’être convaincu à 100%. « On arrive à trier et voir s’il faut appeler le 15. Mais je m’inquiète pour ceux qui n’osent pas déranger leur médecin en ce moment et qui négligent d’autres problèmes de santé, et qui vont persister. J’encourage à ne pas couper les ponts ! ». Même son de cloche chez Docteur Brugnaux, médecin parisien : « Il n’y a pas que le Covid-19 dans la vie ! On ne voit pas tout à l’écran. » Alors, il n’hésite pas à faire venir les patients à son cabinet du 18ème arrondissement de Paris, qui prennent rendez-vous depuis la plateforme Maiia, « La téléconsultation, c’est une première appréciation, mais c’est très global. On ne peut prendre ni la température, ni la tension ou voir certaines manifestations d’une maladie à l’image. Cela donne une indication, mais ce n’est pas suffisant. »

 

« Pas toujours facile avec un bébé »

Les médecins généralistes ne sont pas les seuls à téléconsulter. Dermato, gynéco (oui, oui) ou pédiatres, presque toutes les spécialités sont concernées. Marie Lize, maman d’un petit garçon d’un an, a téléconsulté pour la première fois pendant le confinement. « Je ne voulais pas prendre de risques inutiles en me déplaçant, rapporte la Lilloise. Surtout que notre pédiatre avait lui-même contracté le Corona quelques temps auparavant. » Lors de la consultation, le médecin a repris le dossier, et posé les questions pour établir un diagnostic. « Pas toujours facile avec un bébé ! Ca a été difficile de faire la différence entre du tartre ou une fluorose pour l’une de ses dents. » Le médecin a guidé la maman pas à pas : « par rapport à la couleur, la localisation de la tâche, essayer de frotter avec une petite brosse. »

Une situation inédite que la maman n’hésitera pas à reproduire pour « les petits bobos », mais pas en cas de « fièvre ou de choses plus graves. » Même son de cloche chez de nombreux patients, séduits par l’efficacité et la rapidité de la téléconsultation. « Oui, je continuerai après le confinement pour les renouvellement d’ordonnance pour mon asthme par exemple, ça fait gagner du temps. Mais ça ne remplace quand même pas totalement une consultation normale », souligne Claire.

 

En attendant un retour à la normale, voici nos conseils pour bien téléconsulter

 

Quand téléconsulter ?

S’il y a soupçon de Covid-19, il ne faut pas appeler le 15, mais son médecin traitant. Sauf en cas de détresse respiratoire où IL NE FAUT PAS HESITER. Par ailleurs, si on a une pathologie grave ou que l’on est enceinte, il ne faut surtout pas renoncer au suivi, sous prétexte de confinement.

Où prendre un rendez-vous ?

De nombreuses plateformes proposent des rendez-vous : Doctolib, Maiia ou Qare.

Est-ce que j’ai besoin d’installer un logiciel spécial ?

Aucune installation n’est nécessaire. C’est comme Skype ou WhatsApp. Si vraiment vous ne possédez pas d’équipement de visio, l’Assurance Maladie indique que « le professionnel de santé peut réaliser, à titre dérogatoire, des actes de téléconsultations uniquement par téléphone, au même tarif que les téléconsultations faites par vidéo, dans les situations suivantes :

– patients présentant les symptômes de l’infection ou reconnu atteint du Covid-19 ;
– patients en affection de longue durée (ALD) ;
– patients âgés de 70 ans et plus, qui n’ont pas accès à un outil permettant une vidéo et notamment un smartphone :
– patients résidant dans les zones blanches ; »

Se faire rembourser

« Pendant la période de l’épidémie, toutes les téléconsultations, quel qu’en soit le motif, sont prises en charge à 100 % pour tous les patients par l’Assurance Maladie », indique Ameli qui complète : « Une transmission de la feuille de soin à l’Assurance Maladie est obligatoire, il est donc préconisé de proposer le tiers payant aux patients. »

Attention cependant, il peut y avoir des majorations, mais qui sont les mêmes que celles qui s’appliquent aux consultations normales comme les week-end, soirées ou jours fériés.

Personnes vulnérables

Pour limiter la propagation du virus, les femmes enceintes et les personnes présentant certaines fragilités de santé peuvent bénéficier d’un arrêt de travail à titre préventif pour leur permettre de rester à leur domicile.

Retrouvez la liste complète des pathologies