Au secours, mon enfant veut devenir influenceur !

Publié le : 26-10-2020

#protectiondesenfants Vie perso

Médecin, danseuse étoile, avocate ou chanteur ? Non, non, non… Corentin(e) n’en démord pas, ça sera influenceur sur YouTube, Tik Tok, Instagram ou Twitch. Alors qu'une nouvelle loi vient d'être votée pour protéger les revenus des enfants influenceurs, que devez-vous savoir sur cette carrière ? On fait le point.

DEEPOL by plainpicture Droit simplifié (DS)
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Revenus mirobolants, renommée de stars… Comme Cyprien, Norman ou Natoo qui totalisent des millions d’abonnés sur YouTube et des centaines de milliers d’euros sur leur compte en banque, de nombreux adolescents rêvent de lancer leur chaîne YouTube. Le phénomène reste pour le moment difficilement quantifiable chez les moins de 16 ans, mais en augmentation. Pour encadrer ce nouveau métier d’enfants « influenceurs », le Parlement vient d’adopter à l’unanimité une loi. Le texte encadre les horaires et les revenus des moins de 16 ans. Jusqu’à présent, il existait un vide juridique autour du travail de ces enfants. Et ce, alors que, selon le député Bruno Studer interrogé par Le Monde, il existe au moins « plusieurs dizaines de cas » pour des revenus pouvant atteindre – tenez-vous bien – jusqu’à 150 000€ par mois. En plus de l’encadrement de cette activité et de la déclaration des revenus (mis sur un compte jusqu’à la majorité de l’enfant), le texte prévoit un droit à l’oubli qui obligera les plateformes vidéo comme YouTube à retirer les contenus sur demande de l’enfant.

Mais qui sont ces enfants qui génèrent des millions de vues et qui gagnent des millions, et surtout, que font-ils ?

Mineurs sous influence

 

Comme tous les enfants de son âge, Ryan aime les Legos, les trains et les petites voitures. Sauf que, contrairement aux enfants de son âge, le garçon qui n’a même pas 10 ans a gagné… 22 millions en 2018, selon Forbes. Comment ? En jouant sur sa chaîne YouTube Ryan’s Word (anciennement Ryan Toysreview). Dans « Le Monde de Ryan », on trouve des vidéos à mi-chemin entre Gulli et le catalogue de Noël de Jouet Club, Ryan se met en scène avec ses parents et teste jeux, figurines et déguisements. Une recette qui fonctionne avec 26,8 millions de followers.

Ryan a aujourd’hui sa propre ligne de jouets créée en collaboration avec la chaîne de magasin américaine Walmart. D’autres enfants rencontrent une grande popularité sur les réseaux, comme ces jumelles de 4 ans aux 3,5 millions de followers sur Instagram. Elles ont elles aussi lancé leur propre ligne de vêtements avec l’entreprise de grande distribution américaine Target.

« Si tu veux faire de l’argent, ne deviens pas influenceur »

 

Attrait pour la célébrité, appât du gain, jeunes et moins jeunes sont tentés de se lancer dans l’influence. Pourtant, nombreux sont ceux à mettre en garde contre le mirage d’une réussite facile et rapide. Le ton est donné par Jean Massiet, le créateur de la chaîne Accropolis : « Si tu veux faire de l’argent, ne devient pas influenceur ». Ce « YouTubeur politique » a créé sa chaîne en 2016. Casque vissé sur la tête à la manière de Nelson Monfort, il commente, en direct, les questions à l’Assemblée nationale et répond aux commentaires des internautes.

 

Ce qui est fun, c’est 5% de mon boulot

 

« Ce n’est pas simple pour un YouTubeur », explique Jean Massiet. Aux enfants, ou grands enfants, qui voudraient se la couler douce en faisant des blagounettes face caméra, il rappelle : « La quantité de travail est intense. » Outre les compétences techniques de montage et de tournage, le vidéaste explique qu’il faut aussi « faire un travail sur la qualité de l’image, les micros. Ensuite, il faut connaître les logiciels. Puis l’étalonnage, le mixage et le montage. Il faut y passer beaucoup de temps ! » Sans compter qu’exception faite de quelques vidéos qui rencontrent un succès immédiat, la route est souvent longue. « Ce qui est fun, c’est la toute petite partie qui consiste à faire des émissions. C’est 5% de mon boulot. Pour que ces 5% là existent, il faut 95% de trucs pas fun. »

 

via GIPHY

 

 

Ruben Cohen est fondateur de Foll-ow à Paris. Dans cette agence de macro influenceurs (comprenez à partir de 500.000 followers), on bichonne ses « talents », le plus souvent très jeunes, stars des réseaux sociaux. « Oui, on les aide à garder la tête froide, mais on les protège aussi beaucoup, explique l’agent 2.0. Produire du contenu, c’est s’exposer énormément. On a eu le cas d’un influenceur dont les fans venaient l’attendre à la sortie des cours. Bon, forcément, il a fallu cadrer avec le collège. » Mais le succès n’attire pas que les fans. Le manager explique également que les commentaires négatifs ou les trolls sont nombreux et que, même si les jeunes y sont habitués, l’agence reste vigilante.

« YouTubeur, c’est très poly compétences »

 

Faut-il pour autant décourager Corentin(e) de se lancer ? Henri Griesmar, plus connu sous le nom de Hardisk est aujourd’hui patron d’une société de production. Il a commencé en 2012 après cinq ans de travail acharné. Selon lui, il ne faut pas écoeurer ses enfants, mais plutôt entamer le dialogue : « C’est bien qu’ils aient envie d’être influenceurs, de parler aux autres, de leur apporter des choses. Il faut valoriser et accompagner : pourquoi veux-tu devenir influenceur ou YouTubeur, qu’est-ce qui t’intéresse là-dedans, que veux-tu mettre en place pour y arriver, et comment veux-tu mesurer le fait que ça marche ou pas ? » Et, surtout, ne pas se décourager si la mayonnaise ne prend pas. « Si au bout de trois ans la chaîne n’a pas décollé, il ou elle aura appris une foule de choses comme comment traiter avec l’URSSAF, faire un business plan ou monétiser son idée. »

Raisons pour lesquelles le vidéaste met en garde contre les formations qui promettent de former les YouTubeurs. « Ce sont souvent des arnaques. Il n’y a pas de formation spécifique. » Henri Griesmar recommande plutôt de se diriger vers du droit, du marketing, de la compta ou une formation en BTS audiovisuel. « Quoi qu’il arrive, ça te fait un bagage intéressant pour la suite. »

Moralité, pour devenir influenceur, mieux vaut passer son BTS comptabilité d’abord !