Je suis plein d’animaux mignons sur Instagram, suis-je normal(e) ?

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Adorables, presque aussi vrais que nature, les animaux ont envahi votre feed Instagram. Rassurez-vous, vous n’êtes pas un cas isolé. Et - spoiler - vous êtes normal(e). Cependant attention, liker ces jolies photos n’est pas sans danger.

Crédit photo : Stéphanie Chermont
Crédit photo : Stéphanie Chermont
Crédit photo : Stéphanie Chermont

« Regarde son petit museau retroussé ! Trop mignon ! » Cyrielle fronce son nez devant son smartphone, comme les animaux qu’elle suit sur Instagram ou TikTok. « Oh, il court dans la neige », s’exclame la jeune femme de 24 ans, en caressant l’écran du bout de son index où remue un chiot blanc. D’un coup, perplexe, le regard de cette étudiante en droit plonge droit dans le nôtre : « je sais, c’est bête, mais c’est irrésistible, je ne peux pas m’en empêcher. Je perds 30 points de QI à chaque fois que je tombe sur une photo ou une vidéo de chiot mignon sur Insta ». Si, comme Cyrielle, vous vous surprenez à regarder quotidiennement les aventures d’un hérisson, à frissonner de plaisir devant les aventures trépidantes d’un renard ou à répondre par une flopée de petits cœurs à la story d’un bouledogue français, rassurez-vous, vous n’êtes pas seul(e).

Alors que nous sommes de plus en plus urbains, que nous vivons dans de petits espaces, qu’il n’est plus questions de voir de grosses ou petits bêtes dans les cirques, les occasions de voir des animaux se font rares. Trop rares. Alors, après le traditionnel calendrier des PTT – oui, celui avec les chatons et les roses – les animaux mignons envahissent nos feeds, Instagram en tête.

Calendrier des PTT 2014
Crédit Photo : La Poste

 

Véritable rock stars du Web, certains sont suivis par une quantité de followers à faire pâlir d’envie n’importe quel humain. Juniper et Fig, deux renards, par exemple, sont suivis par 2,5 millions d’abonnés (oui, ça calme). Les petites bouilles de ces rescapés, piquées de moustaches et d’une langue toute rose, récoltent régulièrement plus de 150.000 likes par publication. Les naseaux de Teddy The Shetland, à la crinière blonde, ont fait 144.000 émules. En France, l’influenceur Squeezie n’hésite pas à poster régulièrement les aventures de Natsu, son shiba, sous les yeux ébahis de 686.000 abonnés.

 

 

Aimer les animaux, la faute à votre cerveau

Mais pourquoi fondons-nous sur les vidéos de ces animaux mignons ? Selon l’éthologue autrichien Konrad Lorenz, nous serions programmés pour nous émouvoir devant des créatures qui ressemblent à des bébés humains (grands yeux, grognement mignon, ronronnements). Une autre théorie, étoffée par des études et relayée par The Guardian,
indique que les primates que nous sommes cherchent instinctivement un contact doux et agréable. Plus la fourrure est douce et duveteuse (comme celle d’un chaton), plus nous avons envie de nous y frotter. Nous la trouvons mignonne, contrairement aux animaux à écailles ou visqueux que l’on trouve, en général, repoussants. C’est pour cela que nous aurions tendance, comme Cyrielle, à nous comporter comme des idiots dès que nous apercevons le bout d’une oreille de chiot ou de chaton mignon. Donc, si votre 25 m2 parisien vous empêche d’accueillir un poney, une vache ou un labrador, rien d’anormal que vous ayez le réflexe Insta.

« On se fait des dîners de chiens et de chats d’Instagram »

« L’Insta de Lulu, c’est parti d’une blague », se souvient Stéphanie Chermont. Cette journaliste de 33 ans et son compagnon de l’époque ont adopté une petite Boston Terrier. Devenue influenceuse à part entière, « Lulu » participe aujourd’hui régulièrement à des shootings. Au moment de l’adoption, le couple se taquine régulièrement à coup de : « C’est le jeu ma pauvre Lucette ! ». Le nom est tout trouvé : « on a réfléchi trois secondes et on a dit Lucette ». Se lancer dans la « pet influence », « c’était vraiment pour rigoler », se remémore Stéphanie. Mais son compagnon est photographe, les photos très belles, le couple s’est vite pris au jeu. Et petit à petit, c’est le quartier qui se prend d’amitié pour la petite chienne. « Les gens ont commencé à la reconnaître et à la taguer dans les musées. Ils l’aiment beaucoup, ça leur apporte pas mal de bonheur. » La petite chienne compte aujourd’hui plus de 2200 abonnés qui suivent ses siestes et ronflements – adorables – lors de ses stories quotidiennes.

Avant de devenir « petfluencer », Stéphanie suivait déjà des animaux sur Instagram, comme @staff.igor.jeous, un adorable Staffy couleur moka aux 30.000 abonnés. Pareil du côté de Lila, community manager et co-fondatrice, au côté de Stéphanie, du magazine L’Arrogante. « Je suivais surtout des animaux sur Twitter, parce que j’avais peur de spammer les gens avec mes photos d’animaux sur Insta. Et puis finalement… J’ai créé le compte de mon chat Nara_The_Cat ». La petite féline compte un peu plus de 1.000 followers. Régulièrement, Lila se réunit avec ses amis, dont la propriétaire de Lulu : « Avec Steph, on a tout le temps de la pub pour des petits lits, des petits couffins, des minis lits pour chien ou chat ».

 

 

 

Petstar, un métier à risque ?

Même si elle s’est prise au jeu, Lila se questionne régulièrement sur les conditions des animaux qu’elle suit : « La dernière fois, j’ai vu un lapin prendre un bain moussant dans de l’eau chaude. Ok c’est chou, mais est-ce que c’est bien pour l’animal ? » Combler son désir d’affection, de mignonnerie, ou tout simplement répondre à un besoin naturel de proximité avec les animaux, ok. Mais comment savoir si les animaux d’Instagram sont bien traités ? Pour la sociologue et zootechnicienne Jocelyne Porcher, nous sommes responsables de ce que nous regardons. « Il y a des questions basiques à se poser : est-ce que c’est un animal sauvage ? Est-ce que cet animal est diurne ou nocturne ? Est-ce qu’on le prive de son rythme ou de ses sens ? » Pour la spécialiste, faire participer un animal à un shooting peut être perçu par la bête comme un jeu. C’est donc une tâche motivant car « les animaux aiment nous faire plaisir, c’est prouvé. » Le plus important étant « de ne pas les maltraiter, de ne pas perturber leur rythme, de ne pas les priver de sommeil et que nos exigences ne dépassent pas leurs capacités. »

Alors, si vous voyez un humain gratter les dos d’un hérisson avec une brosse à dents, sous un robinet : c’est mauvais signe. C’est un peu l’équivalent pour un humain de se faire frotter le dos à la spontex…