Numérique, ce qu’on ne doigt pas dire

Publié le : 12-03-2021

#digitalounumérique Pratiques numériques

Les sages de la Commission d'enrichissement de la langue française ont tranché dans le Journal Officiel du 9 mars 2021 : en français et dans le domaine informatique, il faut employer l’adjectif "numérique" au lieu de "digital ".

Kristina Flour by Unsplash
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Adieu donc stratégie digitale, bonjour stratégie numérique ? En tant que « Bien vivre le digital », ça nous pose question.

L’Académie française, membre de droit de cette commission, réfutait depuis 2013 cette utilisation de « digital » à la place de « numérique ». Mais pourquoi diable ce mot avait-il eu un tel succès chez nous  ? D’une part parce que c’est un mot anglais, langue quasi officielle sur Internet, et d’autre part il se trouve qu’il existe aussi en français, mais avec un tout autre sens. Le site de l’Académie française explique tout de façon limpide : « l’adjectif digital en français signifie ‘qui appartient aux doigts, se rapporte aux doigts’. Il vient du latin digitalis, ‘qui a l’épaisseur d’un doigt’, lui-même dérivé de digitus, ‘doigt' ». C’est parce que l’on comptait sur ses doigts que de ce nom latin a aussi été tiré, en anglais, digit, ‘chiffre’, et digital, ‘qui utilise des nombres’.

 

 

Mots anglais ou mots français ? Le dilemme

 

La dernière bordée de francisation a été publiée en 2017 dans le Vocabulaire des techniques de l’information et de la communication. Parmi les 850 mots ciblés, la Commission avait par exemple demandé d’employer « baladodiffusion » à la place de « podcast », « arrière-guichet » pour « back-office », ou « encre en poudre » pour « toner ». Des succès que l’on peut qualifier de relatifs cinq ans plus tard. Les différents dictionnaires, eux, ne se gênent pas pour inclure dans leurs pages web, tweet, selfie ou hashtag (alors que mot-dièse ne demande qu’à servir !).

Cependant soyons fair play, certains termes francisés sont bel et bien rentrés dans le langage courant : « télécharger » par exemple est bien plus employé que « download », ou « sans fil » que « wireless ». Et durant le confinement vous avez participé à de nombreuses « visioconférences ».

Enfin, souvenons-nous du succès du mot « ordinateur » inventé en 1955 par le latiniste Jacques Perret lorsqu’IBM commercialisait ses premières machines de ce côté-ci de l’Atlantique. Ça sonne mieux qu’un « bête calculateur », traduction littérale de « computer », ou « synthétiseur » que le professeur avait aussi proposé.

Reste à donc savoir si cette nouvelle tentative de cadrer l’évolution de la langue, dans ce milieu très anglophone et très changeant du numérique, va porter réellement ses fruits. Wait and see  !