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Dans beaucoup de foyers, la scène est devenue banale : un ado lance une vidéo YouTube, touche l’icône de vitesse, passe en x2, et trouve que le débit lui convient bien mieux. Cette pratique, appelée « speed watching », est symptomatique d’une génération qui a grandi dans une telle abondance de contenus que l’enjeu n’est plus d’accéder à l’information, mais de la filtrer.
Les plateformes de vidéos et les réseaux sociaux poussent d’ailleurs dans cette direction en proposant systématiquement l’option d’accélérer le contenu en lecture, ce qui a pour effet de démocratiser un peu plus la pratique. En France, il n’existe pas de chiffres pour mesurer l’ampleur du phénomène. Le seul repère disponible pour le cerner vient des États-Unis. En janvier 2022, l’étude « Learning in double time : The effect of lecture video speed on immediate and delayed compréhension », réalisée par une équipe de recherche de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), révélait que « 85% des étudiants consultent désormais leur fichier audio ou vidéo en lecture accéléré ». Le speed watching est donc loin d’être anecdotique.
Ce que le x2 change vraiment
Cette modalité de visionnage permet de consommer plus de contenus mais en comprimant le temps disponible pour entendre, voir, relier les informations entre elles et les mémoriser. Pour autant, le cerveau ne reste pas inactif pendant cette course de vitesse. Au contraire, il tourne à plein régime pour reconstituer les éventuelles parties manquantes d’un sujet, mais cela n’est pas possible si l’accélération est trop rapide.
Concrètement, l’étude réalisée par les chercheurs de UCLA, qui est en l’occurrence la seule existante à ce jour, avait mis en évidence que le mode x1,5 n’avait que peu d’incidence sur les capacités de compréhension et d’acquisition de l’information, mais qu’il commençait à y avoir déperdition si le visionnage était effectué en x2 ou à des vitesses supérieures.
Une nouvelle compétence d'apprentissage ?
Si c’est une nouvelle compétence d’apprentissage, tout dépend donc de la manière dont on l’utilise. Le bon usage pourrait consister à savoir régler la vitesse selon l’objectif recherché, sans dépasser le x1,5. Le speed watching peut alors permettre à un jeune de trouver plus rapidement une information précise, et de gagner ainsi du temps dans ses révisions.
Cependant, il est judicieux de rester à une vitesse de diffusion normale si le but est de saisir une notion complexe. Dans tous les cas de figures, il ne s’agit donc pas de tout regarder vite, mais de savoir quand il est pertinent de regarder vite.
Le problème sous-jacent
Tout n'est cependant pas si simple car le speed watching peut présenter des risques. Bien que les effets à long terme de cette pratique sur le cerveau restent largement méconnus, Samuel Comblez, psychologue et directeur général adjoint de l’Association e-Enfance, expliquait, dans une interview accordée au magazine Parents en janvier dernier, que « regarder des contenus en accéléré habitue le cerveau à un rythme très rapide, sans temps mort. À force, il sera plus difficile pour le jeune de regarder des vidéos plus lentes. Certaines activités, comme la lecture, écouter un cours ou une conversation entre copains ou le dessin, demandent d’être concentré. Or, ce mode de visionnage peut rendre plus difficile le maintien de l’attention sur ces activités » .
Le danger est donc que l'accélération devienne une norme, et provoque à terme des difficultés de concentration et d'apprentissage. Si le visionnage en x1,5 peut effectivement permettre aux adolescents d'apprendre plus vite, il faut qu'il soit bien utilisé. Et il faut bien garder en tête que le x2 est trop rapide.
Pour les parents, la bonne question à se poser n’est donc pas celle de l'interdiction, mais celle de la pédagogie et de l'accompagnement. Dialoguez avec votre adolescent sans être dans le jugement. Demandez-lui ce qu’il a retenu après avoir regardé une vidéo en accéléré et mettez-le en garde sur les risques liés à cette pratique. C’est en misant sur l’écoute et la compréhension que vous pourrez l’aider.