Temps de lecture : 2 minutes
« J’ai repensé à mon fils qui, l’autre soir, m’a regardé avec une tendresse un peu ironique en me voyant régler la luminosité de mon téléphone… manuellement. Il a souri, a pris l’appareil, et m’a expliqué — avec l’aplomb d’un ingénieure IA de 40 ans — "comment faire vraiment" », témoigne sur LinkedIn Rémy Barbe, médecin et père de famille. Cette scène, en apparence banale, est emblématique du teensplaining, manière dont les ados expliquent à leurs parents comment consommer, s’informer ou recycler, avec l’assurance de ceux qui maîtrisent les codes des plateformes.
Cette compétence numérique reste pourtant largement sous-estimée par les adultes, alors qu'une étude de la CNIL révèle la lucidité dont les adolescents font preuve sur les enjeux du numérique. Ils règlent leurs paramètres de confidentialité, créent plusieurs comptes selon les publics et réfléchissent à ce qu’ils publient. Loin du cliché de l’ado « inconscient », beaucoup jonglent entre visibilité et intimité, testent des identités, suppriment des contenus et développent leur propre culture de la prudence.
Ce renversement des rôles peut piquer l’ego parental… mais il ouvre aussi une occasion de dialogue. Pour les experts, ce teensplaining peut devenir une force si les adultes reconnaissent cette expertise tout en gardant le cadre et les valeurs.
S'adapter au teensplaining (et en faire une force)
Pour le psychiatre Jean-Christophe Seznec, invité de l'émission Zoom Zoom Zen consacrée au sujet sur France Inter, l’enjeu n’est pas de reprendre la main à tout prix, mais de « faire des ados des alliés » et de construire une nouvelle dynamique de collaboration.
Autrement dit : accepter qu’ils aient des choses à nous apprendre, sans pour autant renoncer à notre rôle d’adulte. On peut par exemple leur demander de nous montrer comment fonctionnent leurs applis préférées, quelles sont leurs astuces pour filtrer les inconnus ou signaler un contenu.
Cette posture de curiosité change le ton : l’ado ne se sent plus jugé, mais reconnu dans ses compétences.
Transformer la critique en conversation
Le teensplaining peut être agaçant : on nous traite de boomer dès qu'onmentionne Facebook, on critique nos habitudes de consommation ou nos réflexes de surveillance. Mais ces piques sont aussi un baromètre : elles disent comment les jeunes perçoivent nos contradictions, notamment lorsque l'on dénonce les écrans tout en scrollant en permanence.
Plutôt que de couper court (« Tu n’y connais rien à la vraie vie »), utilisez ces moments pour ouvrir la discussion et remettre du lien.
Au fond, accepter que son ado nous explique la vie numérique, ce n’est pas renoncer à son rôle de parent : c’est reconnaître qu’à l’ère des réseaux sociaux, on apprend désormais ensemble. Eux partagent leurs réflexes techniques, nous apportons notre expérience du temps long et des conséquences.
De quoi transformer le teensplaining en point de départ d’un vrai « vivre ensemble » connecté.