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« Bien rentrée, bisous ! » Ce SMS, que nombre de parents ont déjà reçu, pourrait bien disparaître à mesure que la géolocalisation s'installe sur nos téléphones. De l'application Localiser (iOS) à la Friend Map d’Instagram lancée récemment en France, en passant par la Snap Map, localiser ses proches devient une habitude. Face à l'incertitude croissante autour de la sécurité des adolescents, la géolocalisation rassure certains parents. Mal maîtrisée, elle peut cependant exposer au danger. Voici nos conseils pour un usage serein.
De la transparence à la surveillance
« Pour ma génération, si tu refuses d'activer la géolocalisation, c'est que tu as quelque chose à cacher », constate Eva. Comme 78 % des français (selon Statista) âgés de 11 à 18 ans, la jeune femme, tout juste majeure, utilise principalement les réseaux sociaux pour communiquer avec ses proches et organiser ses sorties. Cette parisienne utilise la fonctionnalité de localisation de SnapChat avec ses amis et sa famille quotidiennement : « ça m'évite de prévenir ma mère quand je rentre de soirée et c'est pratique quand j'ai rendez-vous quelque part avec mes amis. Mais la plupart du temps, je l'utilise pour vérifier que tout le monde est bien à sa place. »
Plus de la moitié des ados emploient leur smartphone pour informer leurs parents d’un retard ou les rassurer sur leur position, confirmant que la géolocalisation répond à une demande forte de connexion sécurisante tout en exprimant un désir d'indépendance. Mais lorsqu'il s'agit de veiller sur ses pairs, la démarche sécuritaire prend des allures d'espionnage. « Si une copine désactive sa localisation je sais que c'est parce qu'elle est retournée chez son ex qui lui a brisé le cœur, explique Eva, qui a compris que son ex petit-ami la trompait grâce à la géolocalisation, qu'elle avait activée dans son dos. Avant, je n'attendais pas plus de deux semaines avant de demander à mon flirt d'activer sa géolocalisation. Aujourd'hui, je me rends compte à quel point c’est malsain », reconnaît la jeune femme.
La perspective des parents : entre protection et intrusion
En 2024, 60% des parents ont activé la fonction sur le téléphone de leur enfant.
Comment ne pas tomber dans la surveillance digitale mutuelle lorsque cet outil de contrôle est installé à la demande des parents ? Le père d'Eva a souhaité que sa fille active la géolocalisation au moment où il a quitté le domicile familial, il y a cinq ans. « Il me demande encore régulièrement de me justifier sur mes déplacements », souffle-t-elle.Bertrand, informaticien sexagénaire, a activé la géolocalisation sur tous les appareils connectés de sa famille, assurant que cela « ne pose aucun souci ». Géolocalisant ses clés comme sa famille, il avance l'argument pratique : « ça permet de se mettre aux fourneaux à temps pour ne pas manger froid.»
En 2024, 60% des parents ont activé la fonction sur le téléphone de leur enfant révèle l'étude annuelle Born Social. Cette surveillance, souvent bien intentionnée, peut s’avérer contre-productive : elle risque d’altérer la confiance entre parent et enfant, freiner l’apprentissage de l’autonomie et même induire des conflits familiaux. Par ailleurs, s'il se sent trop contrôlé, le jeune développera des stratégies pour contourner la surveillance.
Cyberpédocriminalité et intrusion dans la vie privée
Si elle peut parfois virer à l'obsession, le recours à la a géolocalisation peut être exploitée par des prédateurs qui s'en servent pour repérer de potentielles jeunes victimes et les manipuler.
La localisation publiée facilite les rencontres non désirées et peut même conduire au cambriolage.
Enfin, ces fonctionnalités favorisent une dépendance à la validation sociale. Savoir que nos déplacements sont visibles peut encourager certains jeunes à surpartager leur vie et développer une forme de « quête de reconnaissance » digitale. Une telle exposition permanente nuit à la construction de l’autonomie et nourrit le sentiment d’insécurité.
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Vers une utilisation responsable
Éduquer à une géolocalisation responsable commence par le dialogue :
- Expliquer les risques et limites de la géolocalisation pour permettre aux jeunes de se saisir de ces outils sans tomber dans la dépendance ;
- Paramétrer les appareils : limiter le partage de position, vérifier les contacts, désactiver les notifications inutiles. Sur son site, la CNIL propose une liste de conseils pour partager tout en préservant sa vie privée.
- Définir des moments « hors connexion », pour garantir l’intimité et le droit à la déconnexion.
L’accompagnement parental doit se faire dans le respect, ni surveillance intrusive, ni absence de cadrage. Seules des pratiques réfléchies protègeront les jeunes sans entraver leur développement.