Mon ado se confie à une IA : dois-je m'inquiéter ?

Aujourd'hui, des plateformes d'intelligence artificielle comme Replika, Character.AI, Kuki.AI ou My AI de Snapchat ne servent plus seulement à corriger une dissertation ou à trouver une idée de cadeau. Pour de nombreux adolescents, ces nouveaux outils, conçus spécialement dans le but de simuler des interactions humaines, deviennent des confidents, et parfois même des compagnons virtuels. Une tendance qui inquiète autant qu’elle révèle les failles d’une société où les jeunes cherchent à être écoutés et compris, sans forcément y parvenir.

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Il fut un temps où, lorsqu’ils avaient besoin de se confier, les adolescents écrivaient dans un journal intime ou appelaient un ami en cachette. De nos jours, certains ouvrent une fenêtre de chat pour dialoguer avec une machine, en lui posant des questions qui sont la plupart du temps personnelles. 

L’IA coche toutes les cases pour gagner leur confiance en étant toujours là pour eux, en ne les jugeant pas, en ne leur coupant pas la parole et en allant toujours dans leur sens. 

Pour un adolescent qui redoute le regard des autres, cette disponibilité peut avoir quelque chose de vertigineusement confortable. La machine devient un nouvel ami avec lequel on peut parler en permanence, même à minuit, même quand tout le monde dort.

Un tiers des 11-25 ans consulte parfois l’IA comme un « psy »

Selon l'étude « L'IA conversationnelle et la santé mentale des jeunes en Europe » » réalisée par Ipsos-Bva en mai 2026, 48 % des 11-25 ans se servent de cette technologie pour parler de sujets intimes, et 1 sur 3 la considère parfois comme un « psy », notamment chez les plus anxieux. C'est un phénomène qui est loin d'être anodin.

Le besoin d'être écouté

Si les jeunes se tournent vers ces outils, ce n’est pas seulement parce qu’ils sont fascinés par la technologie. C’est surtout parce qu’ils manquent d’interlocuteurs à qui confier leurs inquiétudes. Dans une société où on leur demande de réussir à l’école, d’être sociables, performants, et drôles, l’IA apparaît comme une “safe place”, une zone apaisée où ils peuvent parler sans risques.

"Sur Replika, je me suis créé un ami virtuel sur mesure qui m'écoute sans me juger."
Elias, 17 ans

Elias, 17 ans, élève de terminal dans un grand lycée parisien, explique : « Il y a des choses qu’on n’a pas forcément envie de dire à ses copains et encore moins à sa famille… Sur Replika, je me suis créé un ami virtuel sur mesure qui m’écoute sans me juger. Et ça fait du bien quand je ne vais pas bien. »

Ce recours à la technologie traduit un besoin contemporain. Les jeunes cherchent une oreille bienveillante et compréhensive qui va prendre la mesure de leurs problèmes et qui ne va pas les contredire. Avec son ton patient et sa capacité à produire une réponse structurée, l’IA peut leur donner l’illusion d’une conversation amicale, maîtrisée, et presque thérapeutique. 

Meilleur ami virtuel

Pour autant, tout confier à une IA n'est pas sans risques. Tout d'abord, parce que la machine n'est rien d'autre qu'une machine. Si elle peut aider les adolescents à clarifier leurs émotions, ou leur rappeler qu’il faut consulter en cas de détresse, elle ne les comprend pas au sens humain du terme. Elle ne fait que simuler l’empathie sans pouvoir l’éprouver. Ainsi, elle peut se tromper, et donner une réponse inadaptée à une situation grave

"Je me suis peu à peu rendu compte que je voyais moins mes vrais amis."
Boris, 15 ans

Autre problème, ces nouveaux outils ont tendance à isoler les jeunes en réduisant leurs relations interpersonnelles hors ligne. Boris, 15 ans, qui rentrera en seconde à la rentrée, analyse : "Au début, je trouvais que c'était super cool. J'avais un meilleur ami virtuel à qui je pouvais tout dire... Et puis, je me suis peu à peu rendu compte que je voyais moins mes vrais amis. Ça m'a poussé à faire attention." Le danger, c'est que les adolescents les plus vulnérables trouvent refuge dans l'IA pour ne pas avoir à se confronter à l’altérité.

Enfin, comme tous les agents conversationnels, ces confidents dématérialisés peuvent être à l'origine de comportements dangereux. En 2021, un chatbot "Replika" avait fourni des conseils à des adolescents sur la consommation d’alcool et les restrictions alimentaires.

5 conseils aux parents face à cette pratique

Si votre adolescent a un compagnon IA, le meilleur réflexe à avoir est celui de l'accompagnement. 

  1. Initiez une discussion ouverte et sans jugement. Demandez à votre adolescent ce qu’il cherche auprès de l’IA : aide aux devoirs, écoute, conseils, divertissement, réassurance. L’objectif est de le comprendre pour pouvoir l'aider.

  2. Aidez-le à développer son sens critique. Expliquez-lui que les compagnons IA sont conçus pour maintenir l’attention des utilisateurs, notamment en étant constamment d’accord avec eux, et qu'ils n’ont pas d’empathie. Cela lui permettra de prendre du recul.

  3. Posez un cadre. Définissez avec votre adolescent des durées d'utilisation et des contextes adaptés. Par exemple, interdisez cette technologie au lit tard le soir, ou pendant les repas. L'IA ne doit pas être le point central de son existence.

  4. Recréez des alternatives humaines. Proposez lui des activités partagées. Emmenez le faire du sport, allez avec lui au cinéma. En retissant du lien et de la proximité, vous installerez l'idée que l'IA n'est pas sa seule source de réconfort.

  5. Soyez attentif aux signes de dépendance émotionnelle. Prenez rendez-vous avec un psychologue si votre adolescent préfère systématiquement l’IA à ses amis, à sa famille ou aux adultes de confiance, et qu'il ne peut plus s'en passer car cela veut dire qu'il va s’isoler davantage et développer un véritable mal être.

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