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Vous n'en pouvez plus d'entendre Baby Shark et Peppa Pig ? Vous frôlez la crise d'épilepsie dès que vous tombez sur ces nouveaux dessins animés qui semblent bloqués sur le mode accéléré ? Et pourtant, vous pensez bien faire.
Parent célibataire ou non, les dessins animés en boucle font office de nounou idéale. Vous êtes persuadé que YouTube Kids, Gulli, « T'choupi » et compagnie sont conçus dans un souci pédagogique.
Or, on sait que l'attention est une économie, et que les risques d'une surexposition aux écrans peuvent avoir des conséquences dans le temps. La pédiatre Sylvie Dieu Osika reçoit tous les jours des parents désespérés dans son cabinet de Bondy. Mais quelle alternative concrète ?
Avant que votre progéniture ne soit complètement hypnotisée (et que ses neurones ne soient cramés), prenez-la par la main, invitez-la à ouvrir cette malle poussiéreuse — que vous aviez prévu de vendre sur Leboncoin ou Vinted — et redécouvrez les précieuses BD qui ont bercé votre enfance. L'occasion de plonger, ensemble, dans une bulle vertueuse.
Ce qui se passe dans le cerveau devant une BD
« Il y a quelque chose même dans les sonorités, les exclamations qui sont proches des jeunes enfants », écrivait Serge Tisseron dans Psychanalyse de la BD. SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZZZZ ! faisait chanter Serge Gainsbourg à Brigitte Bardot. Dans ce Comic Strip grandeur nature, les onomatopées débordent des bulles.
Sur le papier, elles constituent une aide précieuse pour la compréhension du lien entre le texte et l'image. Ces allers-retours permanents exigés par la lecture de bande dessinée seront bénéfiques pour la vie sociale et intellectuelle de l'enfant, assure la psychologue Marine Schmoll au micro de France Inter. Pour rappel, évitez de fuir la complexité, c'est une alliée de notre cerveau.
Les experts s'accordent à dire que l'apprentissage de l'image par la BD, avant le dessin animé et le jeu vidéo, est fondamental pour l'enfant. Il apprend à les interpréter en décodant les émotions des personnages (grâce aux mimiques), leur intention mais aussi leur rôle — avant de se passionner peut-être lui-même pour le cosplay (pratique qui consiste à se grimer en personnage de dessin animé, jeu vidéo, film, manga, feuilleton... et à l’incarner lors d'événements).
Des images comme support de vocabulaire
Sur France Inter, Gwenaëlle Boulet, rédactrice en chef des titres Popi et Pomme d’Api va même plus loin, privilégiant l'image au sacro-saint texte : « je préfère qualifier les albums sans textes "d'albums tout images", non pas avec quelque chose en moins mais quelque chose de plus qui est proposé, explique-t-elle. Prenez par exemple Petit Poilu de Céline Fraipont et vous allez voir, en tant qu'adulte, à quel point c'est difficile de raconter une histoire. L'album tout images force l'enfant à devoir mettre du vocabulaire sur les choses, comme par exemple les mots de liaisons, à partir de trois ans », détaille-t-elle.
« Cela force l'enfant à rester dans la créativité, le ludique et surtout pas du côté de la performance », abonde Marine Schmoll. Les expertes recommandent Mon coeur (Nathan), de l'illustrateur Antoine Guilloppé, une BD sans texte accessible dès 3 ans qui permet d'explorer pleins de personnages différents avec un scénario court et un dessin très doux.
Bulles de plaisir
Pour l'adepte des bulles Didier Pasamonik, co-commissaire de l’exposition Manga. Tout un art ! au musée Guimet (Paris), la BD permet d'aborder le langage comme un jeu. À propos des Schtroumpfs, « les éducateurs à l'époque se disaient que l'apprentissage du langage serait impossible avec un tel mot qui commence par cinq consonnes or ça opère car il faut décrypter en permanence le mot pour le comprendre, se souvient-il. En plus, les schtroumpfs devenaient un infra langage qui permettait de discuter entre gamins sans que les parents ne connaissent quoi que ce soit », s'amuse-t-il.
« Les textes courts obligent à sélectionner un certain niveau de vocabulaire parfois difficile à comprendre, comme dans le cas des séries Tintin », relève Jérôme Blanchart rédacteur en chef de J’aime Lire et Je bouquine, soulignant la richesse lexicale de René Goscinny, Iznogoud et Lucky Luke. Par ailleurs, la découverte de mots mis en situation constitue un excellent support pour apprendre une langue étrangère par exemple.
La lecture de mangas est également validée par ces experts. Ces bandes dessinées japonaises qui se lisent de droite à gauche sont très populaires auprès des adolescents car ils abordent frontalement la violence, les relations amicales et amoureuses ou encore la santé mentale.
Enfin, la BD est un vecteur de transmission, de dialogue entre générations, qui stimule l'ado en l'obligeant à s'identifier au personnage à le sortir de sa bulle !