Aujourd'hui, la pornographie est très facilement accessible. En quelques clics, les adolescents peuvent visionner des films X sans qu'aucun dispositif réellement efficace ne les en empêche.
Si le cadre légal français interdit de les exposer à ce type de contenu, et que la loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique impose aux sites spécialisés la vérification de l'âge des utilisateurs, la réalité est donc bien différente, notamment à cause de la multiplication de plateformes échappant à toute régulation.
Face à cette situation, il est nécessaire de trouver des solutions car l’exposition répétée à des contenus pornographiques influence durablement la construction affective, relationnelle et sexuelle des jeunes.
Une exposition précoce et massive
Les données les plus récentes confirment une tendance de fond. Selon l'association We are Lovers, portée par des jeunes qui ont souffert de l'addiction à la pornographie, l’âge des premiers visionnages ne cesse de diminuer pour se situer autour de 11 ans en moyenne, avec des cas dès 8 ou 9 ans.
Par ailleurs, d'après une étude réalisée par Unisanté, les sites pronographiques sont actuellement fréquentés par au moins 12% de mineurs, avec une augmentation de 36% en 5 ans, ce qui représente environ 3 millions de jeunes dans notre pays.
Les usages varient fortement en fonction des âges. Entre 8 et 11 ans, l'exposition est souvent accidentelle. Elle découle de recherches faites au hasard sur Internet ou de vidéos partagées entre camarades.
Entre 12 et 14 ans, les visionnages deviennent intentionnels, la puberté exacerbant la curiosité des adolescents. Enfin, entre 15 et 17 ans, la consommation est plus régulière, parfois ritualisée.
Si en moyenne 50% des garçons sont à l’origine de ces visionnages illégaux, la consommation des filles, historiquement plus faible, est en progression. Entre 12 et 17 ans, elles sont désormais 30% à regarder des vidéos pornographiques occasionnellement ou régulièrement.
Une consommation accélérée par le numérique
Plus difficilement détectable par les parents, le smartphone est devenu le premier point d'entrée car il offre discrétion et connectivité permanente.
Les adolescents s'isolent dans leur chambre pour consommer des vidéos, ou les partager avec des groupes d'amis via des messageries privées. Les tablettes et les ordinateurs peuvent également être utilisés, mais de manière secondaire, de même que les consoles de jeux.
Pour ne rien arranger, l'offre se caractérise aujourd'hui par sa fragmentation. Si la pornographie mainstream (populaire) est toujours dominante, de nombreuses vidéos amateurs, perçues comme plus réalistes, ont fait leur apparition.
Les formats courts, qui reprennent les codes des réseaux sociaux, et les contenus générés ou modifiés par l'intelligence artificielle, sont en très forte progression et imprègnent l’ensemble de l’écosystème numérique.
Sur Instagram et sur TikTok, des pop-up ou des images à caractère sexuel peuvent apparaître de manière impromptue pour mener vers un site spécialisé.
En outre, les contenus ont évolué pour devenir de plus en plus brutaux et extrêmes. Il n’est pas rare de voir des coups, des rapports de domination et des scènes de viol, presque exclusivement envers les femmes, ce qui contribue à renforcer la violence systémique dont elles sont victimes dans la société.
Des risques multiples pour le développement des mineurs
L’accès précoce à la pornographie n’est pas sans conséquences. Chez les mineurs, cela peut entraîner des attentes disproportionnées envers leur partenaire et une difficulté concrète à construire des relations stables et équilibrées. Il peut y avoir une baisse de l’estime de soi, mais aussi une dépendance comportementale et psychologique très forte.
En effet, comme pour d'autres contenus numériques, la pornographie active les circuits de récompense du cerveau en libérant de la dopamine. Chez les adolescents, cela peut entraîner une consommation compulsive et une difficulté croissante à faire la différence entre la fiction et la réalité.
5 conseils aux parents pour protéger les mineurs et prévenir l'addiction
Face à un phénomène aussi généralisé et aussi difficile à contrôler, la prévention repose avant tout sur l’accompagnement des jeunes.
- Définissez un cadre numérique. Installez des outils de contrôle parental sur tous les appareils du foyer pour filtrer les sites et limiter l’accès aux contenus interdits aux mineurs. En complément, instaurez, définissez des règles d’usage des écrans, avec des horaires précis, et retardez le plus possible l’achat du premier smartphone. Plus l’environnement numérique est encadré, plus le risque d’exposition accidentelle baisse. Pour vous aider, le portail officiel Je protège mon enfant propose toute une série de conseils
- Soyez à l'initiative du dialogue. Comme l'exposition accidentelle reste malgré tout possible, expliquez à votre enfant dès 8-9 ans que certains contenus existent en ligne, qu'ils sont inadaptés aux mineurs et qu'il peut vous en parler sans être puni. L’objectif est de créer un climat de confiance pour qu'il n'ait pas peur de se confier à vous, et que vous puissiez ainsi plus facilement le protéger.
- Misez sur la pédagogie. A partir de 10 ans, expliquez à votre enfant que la pornographie est une mise en scène, comme dans les autres films qu'il peut voir, qui ne reflète pas la réalité, et et qu'il doit se méfier quand il va sur Internet car les algorithmes poussent en avant certains contenus pour capter son attention. En étant bien informé, il sera plus à même de faire les bons choix.
- Proposez des alternatives éducatives. A partir de 12-13 ans, comme tous les autres pré-adolescents, le vôtre se pose beaucoup de questions sur la sexualité. Pour satisfaire son besoin de curiosité, proposez-lui des ressources pédagogiques fiables, comme par exemple les comptes institutionnels @onsexprime.fr et @planningfamilial sur Instagram, et discutez avec lui des sujets importants, que ce soit le consentement ou le respect du corps de l'autre. Cela lui permettra de se poser les bonnes questions pour pouvoir faire la différence entre sexualité et pornographie.
- Signalez les contenus illicites ou dangereux. Si vous constatez que votre enfant est exposé à des contenus illicites ou dangereux, utilisez la plateforme gouvernementale Pharos (internet-signalement.gouv.fr) pour effectuer un signalement en ligne, et contactez le 3018, le numéro national contre les violences numériques, pour obtenir un accompagnement spécialisé et des conseils.
L’exposition des mineurs à la pornographie est aujourd’hui une réalité structurelle, qui découle de l’évolution des technologies et des usages numériques. Plutôt que de chercher à l’éradiquer, l’enjeu réside dans la prévention, l’éducation et l’accompagnement car c'est la construction intime et relationnelle des jeunes qui est en jeu.